AE, Les Années du Groupe Tonne

(Crédit photo: Mathilde Marcel)

Sous l’assise des spectateurs, le pré attenant à l’église se transforme peu à peu en théâtre de verdure. Dans l’herbe fraîchement coupée, chacun apprécie à sa juste valeur l’éclat du soleil printanier, lorsqu’un comédien du Groupe Tonne surgit valise en main : « Le spectacle commencera avec un peu de retard. Mes partenaires de jeu ont été retenues à Mende » annonce-t-il haletant. La parade, très courue dans les arts de la rue, me fait sourire mais déjà mes voisins s’inquiètent et entrent dans son jeu: « Ah bon ! Mais combien de temps va-t-on devoir attendre ? » Il hausse les épaules, s’excuse et s’assoit poliment sur un banc nous laissant dans l’émoi de l’expectative. On l’observe, se regarde, s’interroge quand une voiture arrive en trombe.

 

Emmené par Mathurin Gasparini – auteur, comédien, metteur en scène et concepteur de désordre issu de la troisième promotion de la Formation Avancée et Itinérante des Arts de la Rue (FAI AR) – le Groupe Tonne explore, depuis 2011, l’espace public. Avec AE, Les Année (2015) déambulation théâtrale autour de l’œuvre « auto-socio biographique » d’Annie Ernaux le Groupe fait résonner une langue intime et politique dans les lieux publics.

 

« Je suis assise sur le lit avec le fœtus entre mes jambes. Nous ne savons pas quoi faire. Je dis à O. qu’il faut couper le cordon. (…) Nous pleurons silencieusement. C’est une scène sans nom, la vie et la mort en même temps. Une scène de sacrifice. Nous ne savons pas quoi faire du fœtus. O. va chercher dans sa chambre un sac de biscottes vides et je le glisse dedans. (…)» À ces mots, l’assistance se fige. « Le narrateur » apparaît alors savourant avec légèreté une biscotte. : « Alors, c’était bien mais sur la fin peut être que tu en fais un peu trop » postillonne-t-il. L’assemblée reprend son souffle dans un rire jaune mais aussitôt les comédiens se remettent en marche. « En route, vers l’âge adulte ! » Avec humour et énergie la petite troupe nous entraine vers la modernité, mai 68 et la libération de la femme: « Pour tester leur aptitude à vivre sans mari (…) elles voulaient partie en vacances (…) et s’apercevaient que la perspective de voyager et d’être seules à l’hôtel les remplissait d’angoisse. Selon les jours, elles oscillaient entre l’envie et la peur de tout quitter, de redevenir indépendantes. »

 

Le Groupe Tonne (dé)livre avec force une parole sans détour, qui sonde le gouffre entre discours socialement admis – moraux, romanesques ou publicitaires- et réalité quotidienne. Le mouvement déambulatoire et les parenthèses narratives ponctuent avec justesse un intense parcours de vie qui nous rappelle que tous les droits – même les plus élémentaires – doivent faire l’objet d’une reconquête individuelle et collective permanente.

 

Mathilde Marcel

Spectacle vu le Samedi 7 mai 2016 dans le cadre du Festival d’Olt au Bleymard

 

Mise en scène et montages de textes : Mathurin Gasparini

Avec : Charlotte Bouillot, Maud Fumey, Enji Julien et Brice Lagenèbre

 

Quelques dates à venir :

23/07 Lodève Les Résurgences (34)

28/07 Ax-Les-Thermes Les Grands Chemins (09)

3/08 Thonon Les Fondus du Macadam (74)

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