Arlequin serviteur de deux maîtres de Giorgio Strehler

(crédit photo: Masiar Pasquali)

Le théâtre idéal

Quand le public va voir un spectacle, il s’imagine une forme de théâtre dans son esprit, une idée de que ce qu’il va voir, inspirée normalement des formes classiques telle que la tragédie grecque ou la commedia dell’arte. De nos jours il est plutôt rare de pouvoir concrétiser cet idéal. Souvent les mises en scène à l’esprit conservateur, voir réactionnaire, font défaut dans leur volonté de classicisme : hier, au contraire, à occasion de l’ouverture des trente ans du Printemps des Comédiens, les spectateurs ont eu la chance de pouvoir assister à la réalisation de l’idée parfaite qu’ils pouvaient se faire du théâtre classique.

Arlequin serviteur de deux maîtres, dans la mise en scène de Giorgio Strehler de 1956 et interprété principalement par Ferruccio Soleri, qui joue ce rôle depuis 1963, est un véritable petit bijou, mais pour autant il ne s’est pas rigidifié dans une forme stérile. Ce qui est impressionnant au premier abord est l’extrême vitalité du jeu, le brio de la commedia dell’arte à l’italienne, apportée avant tout par l’énergie légère de Soleri, qui doit avoir plus de quatre-vingt ans.

La scène expose un tremplin de jeu, où se passe l’histoire de Goldoni, qui reprend le récit classique de la commedia dell’arte, avec deux jeunes qui contraints par leurs parents, n’arrivent pas à se marier et trouvent l’aide des balourds serviteurs Arlequin et Brighella. Le côté original de l’histoire se trouve dans le fait qu’Arlequin réussisse à être serviteur de deux maîtres, ce qui est tout à fait exceptionnel dans ses temps et aussi dans notre présent en crise. Malgré ses presque trois heures, le rythme de l’action est tendu par le jeu énergique des acteurs, entre chansons et lazzi, et par la cohésion du geste et des mots dans la compagnie : le public a envie de savoir la fin avec impatience. En même temps le spectateur n’est jamais complètement dupe de la fiction à laquelle il est en train d’assister, vu que le tremplin se présente avec des rideaux peints comme scénographie, déplacés par les comédiens. En plus en dehors du tremplin nous avons la présence continue du souffleur : les acteurs jouent avec celui-ci, ainsi qu’avec la présence du public. Dans sa mise en scène, Strehler savait que ce texte de Goldoni se positionnait dans une phase où la commedia dell’arte était encore loin d’être réformée par l’action du dramaturge vénitien : le quatrième mur entre public et acteur peut encore être représenté par rideau presque transparent et léger à soulever.

Pour résumer, il nous semble qu’entre mémoire et vivant, entre éternel et éphémère, le Printemps des Comédiens trouve ici avec ce spectacle une occasion parfaite pour commémorer la vitalité de son festival.

Fabio Raffo

Vu au Printemps des comediens, Domaine d’O Montpellier, le 3/06/2016

Mise en scène : Giorgio Strehler
Dirigée par Ferruccio Soleri
Décor : Ezio Frigerio
Costumes : Franca Squarciapino
Lumière : Gerardo Modica
Musique : Fiorenzo Carpi
Masques : Amleto et Donato Sartori
Avec:  Ferruccio Soleri, Giorgio Bongiovanni, Giorgia Senesi,  Tommaso Minniti

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