Défaite des maîtres et possesseurs, de Vincent Message

C’est au hasard d’une nuit en 2019, lors d’un trajet en voiture, que je découvrais cet auteur. Il était l’invité de la quatrième émission d’une série de cinq dont le thème était : « l’animal est l’avenir de l’homme » (https://www.franceculture.fr/emissions/matieres-a-penser/lanimal-est-lavenir-de-lhomme-45-contre-lanimal-la-guerre-sans-nom). Le sujet de la soirée était « Contre l’animal, la guerre sans nom ». Je n’ai entendu ni le début ni la fin. Mais j’étais certain que je lirais ce livre.

Ce livre est tout à fait hypnotisant ; il a su avec une ou deux années d’avance sur l’époque, complètement cerner la question de la cruauté humaine. On entendait alors assez peu parler de L214 et les restaurants qui proposaient des plats végétariens étaient considérés dans la profession comme des fous furieux ou des illuminés sectaires. On sait désormais ce qu’il en est.

Le propos est simple et formulé à la façon d’un conte philosophique, entre Montesquieu et Voltaire. La comparaison pourrait sembler osée, pourtant rares sont les livres qui, tout en restant facilement accessibles, parviennent à modifier en profondeur votre manière de penser.

Le livre commence dans le feu de l’action, in media res. Le narrateur, Malo, revient de l’hôpital où il a conduit sa compagne, Iris. On comprend qu’il enferme cette compagne, façon Marcel avec Albertine dans La Prisonnière, et qu’Iris s’est évadée, façon Albertine disparue. Elle a eu un accident nécessitant des soins. Et rapidement l’administration doit demander des comptes à Malo sur l’identité d’Iris pour réaliser ces soins. On réalise que Malo n’est pas comme nous. Et quand Iris nous ressemble elle ne nous est pas tout à fait semblable. De fait, Malo est d’une race extra-terrestre – même si le terme est nié dans le récit. Sans que le lecteur sache de quoi il en retourne –enfants des étoiles ou Grands Anciens à la Lovecraft- Malo et ses semblables forment l’espèce dominante. Alors que les humains sont rendus à l’état animal. Comme aujourd’hui, l’animal peut être : de travail, de compagnie, d’élevage. Les catégories ne se croisent pas. Vous l’aurez compris, Iris n’est pas une humaine de compagnie.

Il y a au milieu du roman, des pages stupéfiantes sur les conditions d’élevage des humains puis leur abattage. Rien de véritablement étranger à notre quotidien. C’est le renversement des rôles qui rend l’histoire saisissante et constitue le tour de force du livre. Il serait toutefois dommage de se limiter à cela. Car il est autant question d’éthique que de l’écriture des lois, de la liberté comme de l’établissement des habitudes. « C’est là où on sort de l’utile, c’est quand on entre dans le gratuit et dans l’apparemment absurde que la culture commence. »

Je n’en dirai pas plus. Lisez ce livre. Et mangez ensuite de la salade verte. C’est sans doute tout ce que vous pourrez avaler.

Jean Tuefferd

Défaite des maîtres et possesseurs, Vincent Message, Paris, Points Seuil, 2016.

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