Ça ira 1 : fin de Louis, de Joël Pommerat

(crédit photo: Elizabeth Carecchio)

Premier volet d’un diptyque, la nouvelle création de Joël Pommerat traite, comme son titre nous laisse l’imaginer, de la Révolution Française. Ça ira fait référence au refrain de la célèbre chanson du soldat Ladré très populaire durant la sombre période. La ritournelle est comme reprise à la fin de la pièce, par le personnage de Louis XVI qui, contraint de vivre au Louvre, continue de se montrer optimiste et affirme que tout ira bien, que « ça ira ». Bien sûr, cela résonne d’une façon cyniquement comique, vu que les spectateurs savent bien que la Révolution Française se poursuit avec la décapitation du roi.

Cette fresque historique de presque cinq heures (!) examine le rapport ambigu du roi Louis XVI et de la nouvelle assemblée nationale. Pour sa mise en scène Pommerat choisit une scénographie plutôt épurée, voire minimaliste. Toute référence historique est intentionnellement absente des discours, des costumes et des décors. Cela permet aux acteurs dispersés dans la salle de se (con)fondre parmi les spectateurs et de transformer l’amphithéâtre d’Ô en assemblée nationale. Critique et tumultueuse, la période de la révolution trouve un puissant écho dans notre contemporain précaire et instable. Les acteurs mettent en scène un débat violent et déchirant et rendent avec justesse le chaos de cette phase historique. L’agitation et la lutte verbale entre les acteurs est extrême et énergique. On admire la performance de ce chœur : celle-ci est par ailleurs soutenue par une puissante sonorisation appuie le siège que vit l’assemblée nationale sous la pression de l’armée et du peuple.

Le dispositif est donc plutôt bien représentatif du chaos qu’on pouvait vivre pendant la Révolution, et le choix de mise en scène est juste par rapport à l’actualisation des propos de l’époque. En même temps on peut se demander si une telle longueur du spectacle est finalement nécessaire.Le dispositif, après un moment, apparait répétitif et ce malgré les deux entractes. On peut également s’interroger sur le choix de la thématique et son originalité: le chaos de la Révolution a été effectivement déjà maintes fois représenté au théâtre et sur grand écran. Par ailleurs le discours du metteur en scène sur cette période importante pour la France n’apparait pas très clairement dans cette première partie. Mais nous laisserons en suspens notre critique en attendant le deuxième volet du diptyque et espérons un changement de focus pour la scénographie et la mise en scène à venir.

Fabio Raffo, vu au Printemps des Comédiens, Domaine d’O Montpellier, le 19/06/2016

Une création théâtrale de Joël Pommerat
Scénographie et lumière : Éric Soyer
Costumes : Isabelle Deffin
Son : François Leymarie et Grégoire Leymarie
Dramaturgie : Marion Boudier
Avec: Saadia Bentaïeb, Agnès Berthon, Yannick Choirat, Éric Feldman,
Philippe Frécon, Yvain Juillard, Anthony Moreau, Ruth Olaizola,
Gérard Potier, Anne Rotger, David Sighicelli, Maxime Tshibangu
Simon Verjans, Bogdan Zamfir

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