Volver de Jean-Claude Gallotta et Olivia Ruiz

(Crédit photo: Guy Delahaye)

Gallotta et Ruiz autour de Volver

De la rencontre entre le chorégraphe Jean-Claude Gallotta et la chanteuse Olivia Ruiz pour la création Volver actuellement au Théâtre National de Chaillot, on aurait pu espérer une création toute en finesse, teintée de chaleur musicale et de poésie gestuelle. Spectacle semi-autobiographique, Volver (« revenir » en espagnol) raconte l’arriver en France de la grand-mère d’Olivia Ruiz pour fuir la guerre d’Espagne. La question des identités multiples du migrant, celle emmenée avec soi, celle laissée au pays, et celle construite en arrivant, traverse l’ensemble du spectacle, entrant en écho avec l’actualité des flux migratoires en Méditerranée. Toutefois, si les intentions sont bonnes et l’énergie saisissante, Volver sonne un peu comme l’exhibition d’un fait intime et familial, où l’extension voulue à la violence du drame humain qui se joue actuellement en Méditerranée se perd en cours de route.

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En centrant sa chorégraphie autour d’Olivia Ruiz, dont on note une grande qualité interprétative et gestuelle, Jean-Claude Gallotta élude l’interprétation de ses danseurs, dont la présence devient complètement anecdotique et illustrative, malgré une vitalité et un dynamisme pourtant au rendez-vous. Si les mouvements choisis sont parfois très originaux, la systématie du duo homme/femme, et la répétition de mouvements similaires appauvrissent la chorégraphie et les projections oniriques qu’elle pourrait véhiculer : peu de choses nous sont données à voir qui viendraient donner un nouveau souffle au texte narratif et aux chansons.

L’utilisation des écrans de projection destinés à matérialiser l’introspection de la jeune femme (tantôt en isolant la chanteuse du reste de la scène, tantôt en projetant des textes ou des images) manque d’unité esthétique et confère à la scénographie une mièvrerie dommageable pour l’ensemble de la création.

Les nouvelles chansons d’Olivia Ruiz, aux textes et aux sonorités d’une grande finesse, sont malheureusement trop peu mises en valeur par un traitement uniforme qui lisse l’ensemble des compositions musicales. Alors que les chansons sont interprétées en live – on souligne ici la prouesse d’Olivia Ruiz – la voix-off dont la rapidité de diction manque parfois de clarté, confère un ton trop narratif au texte. On est toutefois heureux de réécouter quelques classiques du répertoire d’Olivia Ruiz, dont les arrangements musicaux revisités, au regard de la thématique de l’émigration de Volver, offrent un nouvel éclairage assez fin sur le texte.

Enfin, un salut mal agencé et assez long semble obliger les spectateurs à rester dans la salle plus longtemps que voulu : le groupe d’artistes crée lui-même ses rappels sur scène. Si l’autosatisfaction ne semble pas de mise, des spectateurs interrogés à la fin de la représentation ont témoigné d’un certain malaise, se sentant quelque peu obligés de continuer à applaudir.

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Une déception sur ce spectacle, dont l’addition de deux artistes de renommée internationale promettait pourtant une rencontre d’exception. On aurait attendu plus qu’un concert d’Olivia Ruiz, ou un simple usage de la chanteuse pour des besoins chorégraphiques.

Oriane Maubert

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