Netflix et les séries Marvel

(crédit photo: Jamie Lovett)

Depuis l’année dernière, le site Netflix a développé avec succès la production de plusieurs séries liées à l’univers de la BD Marvel. Si au début la production devait se limiter environ à une saison par héros (Daredevil, Jessica Jones, Luke Cage et Iron Fist), plus un crossover avec ces quatre personnages, le succès de chacune de ces saisons a fait augmenter considérablement l’engagement de Netflix envers Marvel. Il y a eu effectivement la production d’une deuxième saison déjà sortie pour Daredevil et une troisième en production, un spin off prévu sur The Punisher, une deuxième saison prévue pour Jessica Jones et la possibilité d’une suite pour Luke Cage. Toutes ces séries étant liées entre elles par une ligne temporelle commune, cela implique un sacré boulot pour les scénaristes à faire gaffe aux possibles erreurs!

Pour autant, le travail réalisé sur ces séries reste pour le moment de grande qualité à plusieurs niveaux, malgré quelques petits points faibles. Les spectateurs semblent apprécier surtout l’effort pour rendre ces personnages vraisemblables, malgré leurs pouvoirs. Le point fort de chaque série est l’importance donnée au contexte et comment chaque héros s’insère dans celui-ci : dans Daredevil on apprécie surtout la formation du personnage dans les ruelles obscures de Hell’s Kitchen, et la focalisation sur la corruption, la perversion du système politique et l’infiltration mafieuse au sein de ce système. C’est ce qui a manqué dans la deuxième saison, où les éléments surnaturels augmentent au détriment du réalisme, et où l’on ressent la faiblesse du scénario qui enchaîne un ennemi après l’autre, et paraît plus décousu par rapport à celui de la première saison. Mais dans la deuxième saison il y a une partie importante dédié au procès intenté contre Frank Castle, the Punisher, qui reconstitue avec minutie les mécanismes de la justice américaine.

Si Daredevil se présente comme une personne normale qui a suivi une discipline de formation de fer pour dépasser son point faible (il est aveugle), il n’en est pas de même pour Jessica Jones. Celle-ci a bien un super pouvoir, sa force surhumaine : mais elle présente toute une série de défauts et de faiblesses qui la rendent très humaine. Dans la première saison, elle a laissé tomber son idée d’être un super héro, aprés avoir été harcelée par Kilgrave, qui peut contrôler les esprits: elle doit enfin éliminer cette menace pour elle, et pour l’humanité. Le point fort de la série est donc d’aborder, par le biais de l’histoire de Jessica Jones, la délicate thématique du harcèlement et de la violence envers la femme.

Passons maintenant à Luke Cage, la troisième série en production des héros de Marvel sortie récemment sur Netflix. Tout comme Jessica Jones il possède une force surhumaine et il ne peut être blessé. Quel intérêt alors peut avoir un personnage apparemment invincible ? C’est simple, Luke Cage est noir et il représente donc symboliquement la force et l’espoir de Harlem. On voit bien là le point fort de la série, qui montre les tensions raciales du quartier de New York, avec des épisodes de violence policière contre les habitants et vice-versa, qui rappellent de près notre actualité. La description, assez juste, du contexte cède parfois à une certaine rhétorique des bonnes valeurs, au risque de tomber dans les bons sentiments. Autre faiblesse, la coupure en deux parties assez nettes de la saison n’apparaît pas tout à fait convaincante : surtout l’idée, dans la deuxième partie, de remonter aux origines familiales de Luke Cage, qui apparaît comme un recours un peu faible. Pour ce qui est du jeu, Mike Colter, alias Luke Cage, même si crédible, offre un jeu un poil trop monocorde, et semble ne pas être au niveau de Charlie Cox (Daredevil) et Krysten Ritter (Jessica Jones). De très bonne qualité au contraire le jeu de Simone Missick (le detective Misty Knight qui poursuit Cage), ainsi que celui des méchants Cottonmouth et Mariah Dillard (interprétés par Mahershala Alì et Afre Woodard) : ces derniers mettent en place une dynamique de tensions familiales et politiques vraiment passionnante qui sous-tend toute toute la saison.

Le dernier élément de qualité de ces séries, qui est un peu leur fleuron, est la musique et les titres d’épisodes. Dans Luke Cage ce lien entre la musique et la série s’approfondit d’autant plus, vu que le titre de chaque épisode fait référence à une chanson du groupe Gang Starr. Très intéressant aussi le montage du corps de Luke Cage sur lequel passent les rues de Harlem dédiées aux grands héros noirs, comme Malcolm X.

Fabio Raffo

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