La casa de papel, une série populiste

(crédit photo: Alex Pina)

Le terme et le concept de populisme connaissent une vaste diffusion, particulièrement flagrante ces derniers temps. Issu du domaine politique et journalistique où ils servent à définir certains phénomènes nouveaux de l’actualité politique (Trump en Amérique, Podemos et Ciudadanos en Espagne, M5S et Ligue en Italie, pour donner quelques exemples), ils semblent contaminer aussi d’autres domaines. La casa de papel, série espagnole qui a été redistribuée sur Netflix, semble effectivement s’approprier aussi bien un discours qu’une forme éminemment populistes.

Pour ce qui est du contenu, La casa de papel parle d’un groupe de braqueurs de banques, organisés par la mystérieuse figure du Professeur, qui prennent en otage les lieux et les personnes qui travaillent dans la Fabrique nationale de la monnaie à Madrid. La série prend le parti de soutenir le propos des braqueurs, de façon de plus en plus explicite, tout en maintenant quelques ambiguïtés, en essayant de faire passer un message qui se veut original : ce groupe varié, passionné et chaotique, mais aussi violent, voire sadique, serait au fond l’héritier idéal de ceux qui ont résisté contre les fascismes et qui aujourd’hui luttent contre les inégalités sociales et économiques. Ce n’est pas un hasard si le mouvement des indignés est cité comme exemple positif par le Professeur à ses élèves voleurs. Le groupe ensuite à plusieurs reprises chantera « Bella ciao », chant des partisans italiens pendant la seconde guerre mondiale. Les vidéos qui concluent la première saison montrent les réactions désespérées des gens ordinaires face à la crise de 1929 en Amérique. Le renvoi à la crise de 1929 et au fascisme est une métaphore évidente, un clin d’œil à la situation contemporaine, la crise de 2008, la montée des néofascismes en Europe et un système libéral qui ignore peut être volontairement tous ces problèmes. Le message est intéressant, mais reste superficiel. Il n’y a pas un réel approfondissement de cette thématique qui aurait donné une autre vigueur à la série. Excepté les vidéos de conclusion de la première saison, les scénaristes restent dans la zone de confort de l’action avec remixage assez kitsch de « Bella Ciao », comme soutien un peu trop insistant d’un rythme déjà assez tendu. Les coups de théâtre se succèdent continuellement, ce qui permet de soutenir le rythme et au final aussi de rester dans cette zone de confort. Le jeu des acteurs par contre n’est pas assez bon pour me faire oublier que cette série reste un produit à vendre. L’œuvre des scénaristes permet à la série de maintenir une certaine cohérence narrative et logique, sans réussir toutefois à combler certains trous et questions ce qui aurait atténué l’impression d’un travail à la va vite. Ce qui est déplorable à mon sens est de n’avoir pas eu le courage d’approfondir une thématique qui pouvait avoir une réelle profondeur, d’être resté dans une zone de confort dans le but de réaliser un produit attrayant pour le plus grand nombre possible, de faire donc preuve de populisme.

Fabio Raffo

 

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