Call me by your name, de Luca Guadagnino

(Crédit photo: Sony)

Luca Guadagnino est un des réalisateurs plus connus dans le panorama cinématographique italien, car les avis sur lui se partagent radicalement. Si la critique l’aime à l’étranger, en Italie il est détesté. En tout cas il est difficile de rester indifférent face à son cinéma. Cette profonde division critique est d’autant plus inexplicable au vu du fait que le réalisateur n’a, pour le moment, produit que cinq films en dix-huit ans de carrière. Call me by your name, adapté du roman d’André Aciman avec l’aide du scénariste James Ivory, a produit une grande attente du jugement du public et de la critique. Fait surprenant, ce long métrage est convaincant aussi pour la critique italienne, et ce parce qu’il s’agit du meilleur film de Guadagnino. Call me by your name marche car le fastidieux narcissisme assez vide du réalisateur a été finalement mis de côté pour valoriser la trame et les sentiments exprimés merveilleusement par les deux acteurs protagonistes : Armie Hammer et Thimotée Chalamet.

Le cinéma de Guadagnino a toujours été un cinéma corporel, ce qui était évident déjà dans les deux précédentes réalisations, assez prétentieuses, Amore (2009) et A bigger splash (2015), très contestés dans les respectives éditions de la Biennale de Venise. Son cinéma est fait de détails, de focalisations plastiques sur les corps et une grande raréfaction narrative. Les corps apparaissaient finalement sans âme et sans intérêt. Au contraire Call me by your name fonctionne surtout pour la douce sensualité finalement transmise par les corps des deux interprètes. Le réalisateur est toujours bien présent, mais il s’agit d’une présence disciplinée, presque éclipsée. Guadagnino déplace son regard sur ces deux hommes intéressés l’un à l’autre, un jeune ado et un corps normal, plus mûr. Cette rencontre est spirituelle, non plus seulement physique. Le corps est montré et non exhibé, sans l’excessivité de ces œuvres précédentes. Leur amour nous rappelle La vie d’Adèle de Kechiche, avec moins de voyeurisme de la part de Guadagnino et plus d’attention à la complexité des états d’âmes.

L’autre aspect très intéressant du film se trouve dans l’attention pour la statuaire grecque. Les pères d’Elio et Oliver étudient chacun de leur côté les sculptures antiques. Cette étude veut souligner la recherche de l’identité qui est le fil rouge des personnages et la recherche de la beauté. Les Grecs voulaient imiter la nature et la souligner dans sa perfection. Si, dans le cas des Grecs, il s’agissait de la recherche d’une beauté sans temps, éternelle, ici la rencontre des deux personnages est destinée à subir des limites temporels : nous avons ici le temps d’une rencontre, le temps d’un été, où à la fin de celui-ci chacun retrouvera sa route. Il faut donc profiter de ce temps, le mordre comme fait Elio avec une pêche dans une image très symbolique du long-métrage. On peut penser à la célèbre scène du beurre in Dernier Tango à Paris de Bernardo Bertolucci. Guadagnino hommage souvent Bertolucci ou Visconti aussi. Call me by your name non seulement rappelle le roman de formation d’une jeune dans Beauté volée, mais aussi La stratégie de l’araignée dans ses mouvements de caméra, dans les images en extérieur de Crema. L’étude des corps, certains détails comme la sensualité d’une jupe trop courte rappellent l’œil de Bertolucci. Visconti se retrouve dans l’élégance, signe de richesse de la province lombarde des années 1980 (les vêtements, la maison d’Elio, etc.). L’attention de la reconstruction historique est d’ailleurs probablement la qualité meilleure du film de Guadagnino.

Call me by your name marque donc la maturité du parcours du réalisateur, qui trouve finalement un vrai dialogue avec le spectateur, lui offrant un film vibrant et délicat.

Tommaso Tronco, traduit par Fabio Raffo

Source originale le blog italien de critique « Onesto e spietato »: http://www.onestoespietato.com/chiamami-col-tuo-nome-recensione/

(Tommaso Tronconi, 1988 : florentin doc, a effectué l’ensemble de son parcours universitaire à Florence, notamment un master en Histoire du Cinéma et s’est spécialisé dans la critique cinématographique et la création de blog, ndlr.)

Réalisateur: Luca Guadagnino
Scénario: James Ivory, adapte du roman de André Aciman
Montage: Walter Fasano
Musiques: Sufjan Stevens
Avec: Armie Hammer, Timothée Chalamet, Michael Stulbarg, Amira Casar

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s