Jackie, de Pablo Larrain

(crédit photo: Twentieth Century Fox Film corporations)

Jackie est un beau film qui repose sur un paradoxe: c’est un film dont les enjeux sont entièrement politiques et historiques et qui pourtant se réduit au portrait d’une femme en deuil. L’événement n’intéresse que dans la mesure où il est restitué à travers le vécu et la mémoire de Jackie Kennedy, mais le vécu de Jackie n’intéresse qu’en ce qu’il permet d’offrir une perspective originale sur l’événement. Le trauma national que fut l’assassinat de Kennedy se résorbe dans le trauma personnel de sa veuve, le portrait psychologique de cette femme en deuil, son désarroi, les sentiments confus et contradictoires qui l’assaillent, sont le miroir d’une Amérique désemparée après la mort brutal de son charismatique président.

Le résultat est un kaléidoscope de sensation et de sentiment qui tout en restant au plus près du vécu de Jackie s’efforce de déconstruire l’image de celle qui s’est voulu gardienne du temple. Il y a plusieurs Jackie, d’abord l’icône américaine, la first lady qui n’est qu’élégance et apparence et d’ailleurs se décline en mannequin dans les vitrines, la veuve traumatisée et enfin la reine déchue. C’est cette dernière qui capte le plus l’attention du cinéaste : une femme intelligente et ambitieuse obsédée par la trace qu’elle laissera dans l’histoire au moment où la gloire semble lui être arrachée. C’est sur ce terrain que le film évite l’hagiographie montrant une Jackie Kennedy extrêmement intelligente, très consciente du rôle des médias, des écarts entre image publique et réalité,  et qui orchestre la mythification de son époux. Mais à travers la mémoire de JFK et de sa présidence, c’est à sa propre élévation que pense Jackie.

C’est à Nathalie Portman que revient la mission d’incarner ce rôle, et très clairement le film ne serait rien sans elle. L’actrice est omniprésente et le film est un écrin pour sa beauté et son talent, c’est là probablement son plus beau rôle à ce jour. Son visage est magnifié pour incarner toutes les nuances de cette personnalité ambiguë : veuve éplorée autant que politicienne brillante et narcissique. Nathalie Portman confère à son rôle et au film une intensité émotionnelle qui empêche cette réflexion sur la manipulation et l’écriture de l’histoire de sombrer dans le pontifiant.

Hadrien Fontanaud

Réalisateur: Pablo Larrain
Image: Stéphane Fontaine
Montage: Sebastian Sepulveda
Musiques: Mica Levi
Scénographie: Jean Rabasse
Avec: Nathalie Portman, Peter Sarsgaard, Greta Gerwig, Billy Crudup

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