Begin the beguine, de Jan Lauwers

(crédit photo: repris de Jeremy Bernede)

Begin the Beguine est un texte inédit écrit par John Cassavetes, peu avant sa mort, pour les acteurs Peter Falk et Ben Gazzara : hTh propose une version issue d’une collaboration avec la Needcompany qui grâce à Faces Distribution Company a déjà mis en scène ce scenario au Burgtheater de Vienne.

Deux hommes et deux femmes, complètement nus, rentrent par le parterre, criant et riant : on peut imaginer qu’ils viennent de la plage, et ils se dirigent vers l’appartement sur la mer, c’est-à-dire le plateau, où ils jouent, comme des enfants excités, avec une caméra, enregistrant eux-mêmes et le public ; les deux comédiens de la troupe permanente de hTh, Gonzalo Cunill et Juan Navarro, parlent en espagnol, mais on voit les sous-titres en français dans la projection sur le fond des images enregistrées en directe. Malgré l’aspect apparemment dionysiaque et idyllique, une grande tristesse s’attarde et en effet on va très vite découvrir que les deux jeunes filles, interprétées par Romy Louise Lauwers et Inge Van Bruystegem, sont en réalité deux prostituées. On comprend tout de suite que le sujet de la pièce est la relation entre homme et femme, l’amour, le plaisir, le sexe. Comme d’habitude Cassavetes aime explorer l’âme humaine avec beaucoup de sensibilité et de profondeur : Gito et Morris manifestent des points de vue différents par rapport à l’amour et le sexe mais tous les deux expriment la confusion des idées et le malaise des hommes, en crise vers la cinquantaine, insatisfaits, qui peuvent tout demander et obtenir mais ne savent pas ce qu’ ils veulent vraiment et surtout sont incapables d’aimer. Les discours philosophiques sur l’amour, la vie et la mort, alternent avec les scènes de déshabillement, habillement, maquillage. Les rencontres entre les couples se passent parfois sur le plateau, parfois sur l’écran qui retransmet leur chambre au-delà des coulisses. Après ces deux professionnelles du sexe, d’autres femmes se suivent les unes après les autres selon les désirs des deux hommes qui les veulent tantôt mineurs, tantôt grosses, tantôt avec de la conversation, etc. : différents genres de femmes, ou plutôt différents clichés de femmes, interprétées par les mêmes comédiennes. La situation avance de façon autant sordide que pénible et en même temps imprégnée par des gags comiques qui la rendent d’autant plus grotesque.

Le rythme est perpétuel et circulaire, un permanent mélange d’action et de psychologie, résidu de la méthode stanislavskienne, ce qui permet de respecter le flux continu si cher au réalisateur américain; mais, contrairement à ses films, dans cette mise en scène il y a parfois des moments ennuyeux, vides, qui empêchent que l’énergie circule de manière continuelle entre les personnages, et de ce fait rendent la pièce dépourvue de tension et banale.

Sara Maddalena, vu le 3 fevrier 2017 à hTh, Montpellier

Mise en scène Jan Lauwers
Assistante à la mise en scène et dramaturgie Elke Janssens
Traduction en français Dominique Hollier
Traduction en espagnol Antonio Fernandez Lera
Production déléguée Humain trop humain – CDN Montpellier
Avec Inge Van Bruystegem, Romy Louise Lauwers, Gonzalo Cunill, Juan Navarro

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s