Quelques minutes après minuit de Juan Antonio Bayona

(crédit photo: Camille Solal)

Avec son troisième film, Juan Antonio Bayona revient à la veine fantastique de L’Orphelinat. Il se concentre à nouveau sur une famille en crise, se focalisant sur un adolescent confronté à la maladie de sa mère et à sa probable disparition. Les acteurs sont justes, la réalisation et surtout les passages animés témoignent d’une belle inventivité plastique. À ce titre la première séquence d’animation offre une très belle idée autant narrative qu’esthétique : l’imaginaire du conte de fée surgit littéralement de tâches d’encres et de peintures au départ abstraites qui se transforment progressivement en château, en prince, en sorcière, en dragon.

Avec son mélange de merveilleux et de réalisme intimiste et psychologique, le film de Bayona rappelle inévitablement d’autres grands cinéastes de l’imaginaire comme Spielberg ou Guillermo Del Toro. Comme eux, Bayona est attaché au conte et au mélodrame, si l’on veut bien appeler mélodrame un cinéma des sentiments qui les extériorise et les exacerbe par la forme même du film, afin de susciter une forte réponse émotionnelle. Genre spectaculaire, le mélodrame a longtemps été méprisé et réduit à une suite d’effet facile, tire-larme et complaisant. Sans oublier les sempiternels griefs contre la démagogie supposée de ses fins consolatrices. Quant au conte trop souvent encore il est réduit à un divertissement amusant mais futile pour enfant ou adolescent attardés, tant il semble acquis que la fiction pure, et le merveilleux n’ont rien à nous apprendre.

C’est au nom de ces clichés que les productions spielbergienes furent en leur temps méprisées par une partie de la critique française. Ironie et paradoxe de la nostalgie, c’est en le plaçant dans la lignée de Spielberg que cette même critique confère sa légitimité à Bayona (le même processus se retrouve pour des films comme Direct 8 ou Midnight special). Soyons heureux de cette évolution intellectuelle qui permet enfin de voir que c’est parce qu’il est propice au spectaculaire, parce qu’il extériorise et met en scène des affects autant que des personnages, que le mélodrame représente une sorte d’essence du cinéma narratif. C’est un  genre d’une réelle puissance qui offre de belles possibilités narratives et esthétiques. Si ses fins sont consolatrices c’est parce que contrairement au tragique, l’individu qu’il met en scène n’est pas aux prises avec un fatum inexorable mais plutôt engagé dans une quête initiatique vers la vérité. Ici l’imaginaire du conte et la puissance émotionnelle du « mélo » nous invitent à partager l’introspection d’un jeune héros dépassé par des émotions qu’il ne contrôle plus et ne comprend pas réellement.

Quelques minutes après minuit est un film sur les tourments de l’adolescence avec tout ce que cela peut impliquer de violence et de cruauté. Le monstre arboricole n’est pas un paisible ami imaginaire, c’est un géant et un justicier violent dont la sévérité n’est pas sans évoquer le Dieu terrible de l’Ancien Testament. Il est autant une réponse à la détresse, qu’une incarnation de sa colère contre lui-même et le monde. La caractéristique première du fantastique est le doute, la nature de cet arbre merveilleux n’est pas clairement décidable, esprit protecteur réel ou incarnation de l’inconscient du héros, le film sème des indices dans les deux directions et maintient l’ambiguïté ; ce qui est certain c’est que cette manifestation du merveilleux, incarne une foi sincère dans le pouvoir des histoires et leur capacité à nous donner prise sur le monde et nous révéler une certaine vérité sur nous même.

Hadrien Fontanaud

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