Gilbert Peyre, L’électromécanomaniaque à la Halle Saint-Pierre.

(crédit photo: Halle St Pierre)

Si la vallée de l’étrange était faite de récup’

« Le monde de Gilbert Peyre est un monde de machines extravagantes, inventives, poétiques. ». Autodidacte, à la croisée des installations mécaniques, de l’art brut et de l’art avec de la récup, Gilbert Peyre, s’il n’achète rien, semble vouloir prendre en charge ce dont les autres ne veulent plus ou qu’ils ont délaissé. Par ses installations mécanisées, il redonne vie à des fragments d’objets (poupées, lampes, vaisselle…) abandonnés, décomposés, destinés à la poubelle. Il recompose la décomposition, ce que l’on a perdu comme ce que l’on a oublié, en reconstruisant les souvenirs à partir de fragments d’objets, de corps, des extraits de mémoire. Gilbert Peyre, poète de la rouille, redonne de l’amour et de la vie à ce qui a été oublié. Par ses installations, l’artiste parvient à fouiller dans les trous de nos mémoires pour en extraire des souvenirs et des émotions refoulées.

À travers les objets de cette exposition L’électromécanomaniaque, le mouvement semble retrouver toute sa splendeur. La machine recomposée cligne des yeux, jette des objets, danse : se côtoient alors une danseuse du ventre dont la musique qui accompagne la chorégraphie émane de ses articulations elles-mêmes, un coq mi-plumes mi-robot salue la foule de visiteurs, les vêtements d’amants disparus poursuivent leur valse dans l’éternité… Soulignée par la musique et la poésie des installations, la force du geste, souvent chorégraphique, vient animer et redonner vie à l’amas de détritus qui constitue la sculpture. Ici, Gilbert Peyre parvient à faire résonner le mouvement autrement sur des corps boitillants.

Le visiteur plonge dans un univers narratif soutenu par l’art des guides-conteurs. Des assiettes qui cassent, des disputes, des rencontres, des histoires d’amour teintées d’humour… les objets vivent, dialoguent. Touchant parfois une impression cinématographique, le visiteur n’est pas toujours impliqué dans les histoires qu’il regarde. Gilbert Peyre parvient à transformer l’exposition en spectacle vivant par la musique, les effets lumineux, et ces objets qui racontent ou se racontent. L’ensemble est porté par un conteur faisant se perdre le public au milieu des différentes scènes, véritables microcosmes narratifs. Les objets bougent, dansent, se parlent, boivent une tasse de thé ou un verre de vin : on les surprend comme des voyeurs ayant l’œil à travers le trou de la serrure…

Une exposition de tous âges et de tous temps, « Gilbert Peyre, l’électromécanomaniaque » enchante la pensée autant qu’elle ravive la mémoire et donne du souffle à la créativité. Poète des temps modernes, de l’abimé et des objets oubliés, Gilbert Peyre redonne aux dénudés, aux brisés, aux délaissés la noblesse et les couleurs dont notre violent quotidien de consommation semble cruellement manquer d’heure en heure.

Oriane Maubert, vu à La Halle Saint-Pierre, Paris – 20 novembre 2016

Expo jusqu’au 26 février 2017

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