Sunset Song, de Terence Davies

(crédit photo: Dean McKenZie)

Sorti au cinéma le 30 mars et arrivé en DVD au début du mois d’août, Sunset Song est le dernier film du britanique Terence Davies. Ce cinéaste rare qui ne semble guère susciter l’enthousiasme des foules poursuit, depuis ses premiers essais autobiographiques, une oeuvre personnelle travaillée par le rapport au temps et à la mémoire. Cette adaptation d’un classique de la littérature écossaise de Lewis Grassic Gibbon ne fait pas exception.

Sunset Song a toutes les apparences du classicisme: un classique littéraire prestigieux pour un film en costumes qui sacrifie à un modèle éprouvé, imbriquant chronique historique et roman de formation. A travers le destin d’une jeune femme issue d’une famille de paysans, il évoque en filigrane l’évolution de la société écossaise campagnarde, du début du XX eme siècle à la première guerre mondiale. Ce récit se teinte de féminisme à travers son héroïne, une femme indépendante, instruite, et forte dans l’adversité; d’autant plus forte qu’elle est une femme et que les épreuves sur sa route sont nombreuses. Cette sensibilité féminine, tous les films de Terrence Davies la déploient face à une violence masculine presque toujours incarnée par la figure d’un père brutal (bien que parfois capable d’affection et de douceur), réminiscence du propre père de Davies.

De violence et d’oppression il est abondemment question ici. Davies dépeint brutalement et sans fard le quotidien parfois difficile de cette famille: La violence du père sur ses enfants, la mère épuisée par les grossesses continuelles, et, finalement, la guerre. En dépit de la lourdeur des situations jamais Sunset Song ne tombe dans un naturalisme complaisant, parce qu’au fond la misère humaine, qu’elle soit sociale ou morale, n’est pas le sujet du film. Comme toute l’oeuvre de Davies, Sunset Song regarde vers le passé et pourrait s’intituler « A la recherche du temps perdu », tant il est traversé par la nostalgie d’une époque révolue et la fugacité de la vie humaine. Le véritable sujet de Sunset Song, c’est le temps.

Un temps qui est placé au centre du dispositif formel du film et de sa narration. Il ne s’agit  pas, comme chez Tarkovski et son « temps sculpté, ou chez Visconti et ses chroniques de la décadence, d’une expérience de la durée. L’art de Davies serait plutôt celui de l’éphémère, du « temps perdu » envolé avant même qu’on ait pu le saisir. D’où ces panoramiques qui balayent le champ, ménageant des ellipses sans passer par la coupe. D’ou aussi ces paysages: collines, champs, landes écossaises, qui surgissent en marge de la narration, sans autre souci que celui de capter l’irruption soudaine d’un rayon de soleil, le souffle du vent, ou simplement une certaine qualité de lumière en fin d’aprés midi. Capturés par la caméra ces instants paraissent arrachés aux flux mêmes du temps dans un geste qui les magnifie autant qu’il souligne leur précarité.

Les chansons populaires qui rythment le film et la vie de ces paysans, s’inscrivent également dans cette poétique de l’éphémère. Ce sont autant de havres de paix et de communion isolés, comme hors du temps, dans un monde par ailleurs  dur et cruel. Mais si le ton est triste et mélancolique, c’est bien le souci de la beauté qui porte tout le film; et si cette derniére apparait comme fugace et insaississable, à la fin c’est elle qui porte l’espoir et donne la meilleure des raisons de continuer à vivre.

Hadrien Fontanaud

 

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