Carambolages

(Crédit Photo: Roughdreams.fr)

Télescopage des cultures et des époques : aller à la rencontre de l’Autre

Faisant suite aux précédentes expositions Une image peut en cacher une autre et Théâtre du Monde qui se sont tenues respectivement au Grand Palais en 2009 et à la Maison Rouge en 2012, Carambolages fait de nouveau s’entrechoquer 185 œuvres d’art, d’époques, de styles, de cultures, de pays et d’influences différentes. C’est un paysage mondial et subjectif qui nous est présenté ici, dont le visiteur du Grand Palais, pièce par pièce, procédant par association d’idées, doit en reconstituer le puzzle.

Bouleversant l’ordre scénographique fondé sur la chronologie propre à l’Histoire de l’Art et généralement utilisé pour aiguiller le visiteur non spécialiste dans son parcours tout au long des expositions, Carambolages choisit de se fondre d’avantage sur les idées, les formes, les couleurs, les matériaux et les associations que notre cerveau est capable de produire, rebondissant d’une œuvre à l’autre.

Si le visiteur peut être quelque peu dérouté au début (« Que suis-je en train de voir ? » « Où est le lien avec l’œuvre suivante ? » peut-on entendre murmurer), rapidement, comme des dominos tombant les uns sur les autres en prenant de plus en plus de vitesse, notre esprit s’adapte et s’empare de cette exposition ludique. On s’autorise à parler fort, à commenter, à rire, à courir pour revenir en arrière, en sortant finalement du sérieux feutré presque rituel que l’on trouve habituellement dans les musées. Le visiteur devient alors extrêmement actif et construit sa propre exposition en se laissant dévorer par les images qui s’offrent à lui. Peintures, sculptures, gravures, vêtements rituels, totems, masques… autant d’échantillons, de fragments de notre humanité que nous aurions pu rencontrer au hasard de nos parcours respectifs et qui constituent ici comme une métonymie subjective de nos sociétés et de notre Histoire.

La pédagogie est mise de côté, au sens propre comme au figuré, laissant de petits écrans en fin de couloir nous expliquer si nous le souhaitons les origines et les confections des œuvres que nous venons d’observer. Le visiteur se retrouve alors libre (et peut-être égaré) de se laisser dominer par ce flux et ce reflux thématique où la culture populaire côtoie la peinture de la renaissance et les vêtements Inuits. Placées sous un éclairage autre, certaines œuvres, en écho aux précédentes comme aux suivantes, nous révèlent alors un sens jusqu’ici caché, que nous n’avions jamais envisagé, ou, peut-être, que nous avions mis volontairement de côté.

Carambolages tente de décloisonner les styles et les visions, créant une exposition-monde, mettant en lumière une culture commune, où les objets racontent, se rencontrent et se font écho les uns aux autres ainsi qu’en nous-mêmes. Surprenante, déroutante, peut-être révoltante pour certains là où elle est sans doute libératrice pour d’autres, l’exposition Carambolages ignore l’indifférence et semble prendre le parti d’une vision égalitaire de l’art et de l’imagination.

Oriane Maubert

Commissaire d’exposition Jean-Hubert Martin.

Au Grand Palais, Paris, 2016.

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