Le confessioni de Roberto Andò

(crédit photo: Virginia Campione)

Certains secrets ne peuvent être confessés même à un prêtre (Toni Servillo). D’ailleurs quand on est président de la BCE (Daniel Auteuil) on a sans doute des secrets que l’on ne confierait pas même à un coffre-fort. Le secret, politique, économique, structure le film du réalisateur italien Roberto Andò.

Le dernier long-métrage d’Andò, ici aux prises avec une production importante et internationale, est un film fascinant mais fuyant. Nous sommes face à deux confessions celle d’Auteuil et celle du réalisateur. À dire vrai, la première est plus concluante. Le sens du film se perd en cours de route. Le confessioni cache un secret qui ne sera pas dévoilé (consciemment ou pas ?) à son spectateur.

Nous nous trouvons donc face à une œuvre presque mystique, métaphysique : un peu comme dans la religion on ne peut pas tout comprendre, mais on peut y croire. On oublie la logique, pour croire à une fable. Effectivement, Le confessioni est un conte, mais il raconte beaucoup de notre réalité. Des politiciens semblables aux nôtres racontent des fables au peuple pour dissimuler une vérité qu’ils ignorent eux-mêmes et après laquelle ils courent sans relâche. Le prêtre refusant, malgré les pressions, de briser le secret de la confession, donne des messages chiffrés ambigus et compliqués. Ainsi le bluff de cette grotesque table de poker qu’est le pouvoir doit déjouer un contre bluff. Le film donc joue de cette lutte trouvant un équilibre précaire qui s’écroule à sa fin.

Cet équilibre s’appuie avant tout sur les citations littéraires qui enrichissent le film. Nous avons naturellement Les confessions de Saint Augustin (« Le temps est seulement une dimension de l’âme », « La confession est le cri de l’âme ») mais aussi Les confessions de Gérémie : « Comme une cage est remplie d’oiseaux, leur maisons sont remplies de fraude : c’est ainsi qu’ils deviennent puissants et riches. Ils s’engraissent, ils sont brillants d’embonpoints, ils dépassent tout la mesure dans le mal, ils ne défendent pas la cause … » Père Salus, le prêtre, prononce ces mots aux funérailles du président, devant tous les politiciens : ces mots leurs sont donc naturellement adressés. Mais ce sont des mots qui restent (volontairement ?) sans réponse, nous laissant l’impression que tout reste sur le plan purement esthétique.

C’est sur le plan esthétique que le film trouve sa limite. Le long-métrage est chargé de références littéraires et cinématographiques à tel point qu’il perd son originalité. Le lieu de l’action, un magnifique hôtel, et les mouvements de caméra rappellent Youth, le dernier film de Paolo Sorrentino. Il reprend la thématique d’Habemus Papam de Nanni Moretti (secret inconfessable), rend hommage à Todo modo d’Elio Petri à sa « satire » politique et ses panoramiques et copie presque la fin de Buongiorno, notte de Marco Bellocchio, en reprenant la musique de l’Allegro Mouvement n° 3 de Schubert et la démarche du personnage d’Aldo Moro (Roberto Herlitzka dans le film de Bellocchio).

Le conte, la fable allégorique, est sans doute l’élément le plus réussi du film mais son niveau reste inférieur par rapport à celui de Viva la libertà, l’œuvre précédente de Andò, beaucoup plus solide. Si dans Viva la libertà  la fable trouvait un sens politique profond, ici le message se noie dans toutes ses références intellectuelles.

Tommaso Tronconi, traduit par Fabio Raffo. Source originale le blog italien de critique « Onesto e spietato »: http://www.onestoespietato.com/le-confessioni-servillo-recensione/

(Tommaso Tronconi, 1988 : florentin doc, a effectué l’ensemble de son parcours universitaire à Florence, notamment un master en Histoire du Cinéma et s’est spécialisé dans la critique cinématographique et la création de blog, ndlr.)

Réalisation et scénario: Roberto Andò
Photographie: Maurizio Calvesi
Montage: Clelio Benevento
Avec: Toni Servillio, Pierfrancesco Favino, Daniel Auteuil, Connie Nelsen, Marie-Josée Croze

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