Joë de Guillaume de Fonclare

(crédit photo: Stock éditeur)

Dans les pas de Joë Bousquet

Après Dans ma peau, couronné par plusieurs distinctions dont le prix Jacques Fouchier 2010, puis Dans tes pas, Guillaume de Fonclare s’élance, avec Joë, sur les traces du poète «de la chambre aux volets clos», Joë Bousquet. Double portrait: celui de Guillaume De Fonclare lui-même, atteint d’une maladie auto-immune qui le condamne peu à peu à l’immobilité, et celui de Bousquet, son mentor, devenu hémiplégique à la suite d’une blessure par balle durant la Première Guerre mondiale en 1918.

L’ancien directeur de l’Historial de Péronne marque sa vénération posthume pour celui qui parvint à faire ployer le mal pour accoucher d’une œuvre poétique conséquente, saluée par les plus brillants esprits de son époque. De Fonclare raconte ses propres déboires avec la maladie qui le ronge, et exprime sa reconnaissance envers la figure tutélaire dont la découverte lui a redonné le goût de vivre et le courage de se battre. Fascinant apparaît ainsi le poète Joë Bousquet, qui a vécu alité trente-deux ans au 53 rue Verdun, à Carcassonne; il nous est conté dans une forme d’enquête obsessionnelle, menée par l’auteur sur les lieux jadis fréquentés par Joë. Il exploite également l’abondante correspondance du poète et passe en revue ses amitiés, notamment avec Max Ernst et Louis Houdard, et ses amours: Marthe, Ginette, Alice et Germaine, surnommée «Poisson d’or». Il manque cependant à ce texte la voix de son personnage principal, Joë. Guillaume de Fonclare ayant en effet choisi le style épistolaire, il fait de son récit une longue lettre adressée au gisant de Carcassonne. Les personnages sont figés, évoqués par bribes dans un registre minimaliste.

Le corps brisé est omniprésent, mais aussi le dépassement de la douleur par la créativité littéraire, par la tornade de mots qui transfigurent le destin et que le biographe salue ainsi: «En vous enfermant, vous faites le choix de la vie, le choix d’investir un nouveau monde…» Dans sa réclusion, Joë Bousquet a troqué le théâtre de la vie publique contre celui de sa vie intime, la transformant en acte littéraire. Tout en se tenant loin des hommes, il n’a jamais été aussi proche d’eux. Elégie sur les pouvoirs de la littérature quand elle érige un monument «d’amour universel des hommes», l’œuvre de Joë Bousquet explore les interstices du vivant mortifié, ténu; elle est singulière par sa clarté issue des ténèbres de la souffrance et par sa finesse inégalable! De Fonclare tire sa révérence à un génie de l’introspection et tente, soixante-quatre ans après sa disparition, d’emboiter le pas à celui qui a compris que l’infirmité n’est «qu’une création de l’esprit».

Rabiaa Marhouch, publié au Courrier de Genève le 26 février 2016.

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