The ventriloquists convention de Gisèle Vienne

(crédit photo : Falk Wenzel)

Soutenue dès ses débuts par Les Subsistances Gisèle Vienne est certainement l’une des metteuses en scène les plus brillantes de sa génération. En 2005 elle n’a même pas trente ans, lorsqu’elle acquière une reconnaissance au festival d’Avignon… Formée, après des études de philosophie, à l’Ecole supérieure des Arts de la marionnette, elle a monté plus d’une dizaine de pièces qui composent une œuvre très personnelle et dont la signature est immédiatement identifiable. Notons que Gisèle Vienne sait s’entourer : parmi ses collaborateurs on compte Etienne Bideau-Rey, Catherine Robbe Grillet alias Jeanne de Berg (dominatrice SM) ou encore le sulfureux écrivain Dennis Cooper. Les artistes interprètes (ou marionnettistes) qui l’accompagnent ne sont pas moins de fortes personnalités artistiques : citons par exemple Jean-Luc Verna, Gaël Depauw, et surtout Jonathan Capdevielle – qui est de toutes les aventures, et par conséquent présent dans cette dernière création, The Ventriloquists convention.

UN TYPE IMMONDE

La pièce s’inspire d’un meeting existant réellement, et qui se tient une fois par an dans le Kentucky ; meeting au cours duquel se rencontrent des ventriloques venus du monde entier. Dans la pièce de Gisèle Vienne le décor, pourtant sobre, fonctionne parfaitement : on croit immédiatement en effet, se trouver face à un ensemble de ventriloques se réunissant comme chaque année, accompagnés de leurs fidèles marionnettes. Ils vont et viennent du coin café à leur chaise, échangent entre eux, attendant « la star ». Laquelle arrive enfin applaudie par les participants : il s’agit d’un ventriloque pour le moins arrogant, rôle tenu par l’excellent Nils Dreschke, qui se montre ici insincère, aussi détestable qu’intriguant, incarnant un animateur de meeting très « rock’n roll », tel que ceux de certains shows américains, ou encore, plus familier pour nous, à la façon d’un Julien Lepers.

L’UNIVERS INTERLOPE DE GISELE VIENNE

Mais les façades se fissurent, les masques tombent et les marionnettes prennent souvent le dessus, devenant paradoxalement plus authentiques que leurs manipulateurs. La partition écrite par Dennis Cooper contribue à cette dissociation. Parce que depuis toujours, son œuvre traite des fantasmes et des dissimulations des hommes, elle colle encore ici parfaitement à la recherche menée par Gisèle Vienne… Entre discours et pensée, conscient et inconscient, elle sonde ce que l’on dissimule. Soudain ce sont les marionnettes qui sont réelles, vivantes, tandis que les marionnettistes se figent. Ensorcelés par ce va et vient entre inanimé et animé, vivant / manipulé, naturel / artificiel, les spectateurs se trouvent plongés dans cette sorte d’état second que Freud nommait « inquiétante étrangeté » (unheimlich). Nul mieux que Gisèle Vienne ne sait à ce point nous faire perdre nos repères. Parce qu’elle s’entoure des meilleurs marionnettistes du moment, ici Jonathan Capdevielle et l’équipe de Puppentheater Halle, les instants magiques affleurent. La poupée prend vie au point d’en devenir troublante, voire parfois angoissante. La pièce se termine par un récit dont on se sait plus très bien quelle est la part de fiction et la part de réalité. Récit poignant d’une enfance différente : celle de Jonathan Capdevielle alias Samantha, celle d’un enfant pas tout à fait comme les autres parce qu’homosexuel et qui, laissé de côté, s’inventera un ami imaginaire.

Et dire nous étions convaincus que seuls les enfants pouvaient encore croire aux mondes imaginaires !

Sophie Rieu

The Ventriloquists Convention de Gisèle Vienne et Dennis Cooper
Conception, mise en scène et scénographie: Gisèle Vienne
Texte : Dennis Cooper, en collaboration avec les interprètes.
Musique : KTL
Avec : Jonathan Capdevielle et les marionnettistes du Puppentheater Halle
Accessoires, scénographie et Costumes : Gisèle Vienne avec la collaboration d’Angela Baumgart
Assistanat à la mise en scène, scénographie : Yana Zschiedrich
Conception des marionnettes : Gisèle Vienne
Construction des marionnettes : Hagen Tilp
Maquillage, perruques de Jonathan Capdevielle : Mélanie Gerbeaux
Workshop ventriloquie : Michel Déjeneffe, Marcus Geuss
Technique lumière : Arnaud Lavisse
Ingénieur son : Mattef Kuhlmey
Production //coproduction : Puppentheater Halle et DACM, Nanterre-Amandiers, Festival d’Automne à Paris, Les Spectacles vivants Centre Pompidou, Centre Dramatique National d’Orléans, Le TJP, Le Maillon

Les Subsistances Du 1er au 3 avril 2016, Durée : 2 h

Site des subsistances : http://www.les-subs.com/
Site de la compagnie : http://www.g-v.fr/

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