Aneckxander de Alexander Vantournhout et Bauke Lievens

(crédit photo : Andrea Macchia)

A-NECK-XANDER
Un devenir informe du corps

Précédemment invité en résidence aux Subsistances durant le printemps 2015 (et pour ce même spectacle), Alexander Vantournhout revient durant 3 jours, dans le cadre du festival Avril en Vrille. Mi danseur, mi acrobate, Alexander Vantournhout a suivi une formation à l’Ecole des arts du cirque de Bruxelles et à l’école de danse d’Anne Teresa De Keersmarker. D’où la difficulté d’identifier ce spectacle qui balance de l’acrobatie, à la danse, de la contorsion-performance au théâtre mutique.

Très simplement le jeune homme arrive sur scène vêtu d’un petit costume noir et discret dont il se débarrassera vite ; quant à nous, il nous observe, tout aussi simplement, presque naïvement ; il semble s’étonner – mais à peine – de voir ces gens qui viennent pour le voir, mais voir quoi, exactement ? Sur un plateau dénudé – un simple carré blanc qui lui servira de piste-, il vient alors poser une paire de gants de boxe, des Buffalo platform boots (dont la semelle compensée dépasse les 10-15cm), une collerette blanche, et enfin un clavier : ses seuls accessoires durant l’heure que dure le spectacle.

LES MÉTAMORPHOSES D’ALEXANDER

ANECKXANDER est « une autobiographie tragique du corps », nous dit-on. De fait l’artiste joue des particularités de son corps pour en faire des anomalies. Des avant-bras trop longs, un cou un peu allongé, et voici qu’il les distend. Il se surprend lui-même des possibilités de sa nuque ; et nous, nous voyons comme une tête de tortue sortant de sa carapace, ou bien un escargot qui s’étire. Le voilà déséquilibré par son cou qui tire, qui tire sur son corps et le fait tomber en avant. C’est désormais avec le crâne aimanté au sol qu’il tente de se mouvoir. Il rampe. Il se met à quatre pattes, puis les mains sur les pieds, les bras le long des jambes, comme une bête à deux membres, il essaie plusieurs marches, en crabe, à reculons. Tantôt arachnide, tantôt serpent. Hypnotisés par le rythme des métamorphoses, nous ne savons plus trop ce que nous regardons : est ce encore un corps humain, ou une chimère ? Un corps qui se fait parfois monstrueux, parfois céleste mais toujours fascinant. Tandis que les blocs de membres agglomérés évoquent les études de corps de Géricault…

DE PROTHÈSES EN OBSTACLES

Dans une seconde partie, il vient s’aider de son clavier pour programmer une petite musique sur laquelle il fera quelques variations. Il enfile plateform boots, gants de boxe et collerette qui jouent à la fois le rôle de prothèses venant corriger les défauts du corps (la longueur du cou atténuée par la collerette – les jambes allongées par les semelles compensées) mais qui viennent aussi ajouter de la difficulté aux acrobaties. Comment faire un salto avec des semelles de 10cm et des flips avec des gants de boxe ? Naturellement dans la salle, la peur d’un accident se fait sentir, et la tension chez les spectateurs est palpable. Pourtant elle se trouve systématiquement compensée par une touche grotesque. Un regard vers la salle, le cou qui revient s’allonger comme un point d’interrogation ; puis qui se prolonge par une langue qu’Alexander extrait, émerveillé, de sa bouche (autre accessoire démesuré et clownesque).

Parce qu’il oscille entre monstration du devenir informe du corps et plaisanteries intelligemment amenées, il est difficile de « classer » ce spectacle : parfois dansé, acrobatique mais tout aussi théâtral. Enfin Alexander Vantournhout, totalement muet durant le spectacle, n’est pas sans rappeler Buster Keaton. On se demande alors si ANECKXANDER ne relève pas d’une esthétique finalement beckettienne, dans la continuité de Quad. Où se substituerait à l’épuisement des mouvements géométriques des personnages de Beckett, l’épuisement de l’exploration d’une corporalité. Expérimenter avec son corps un autre langage, jusqu’à l’impossible.

Sophie Rieu

ANECKXANDER de Alexander Vantournhout et Bauke Lievens
Dramaturgie : Bauke Lievens
Avec : Alexander Vantournhout
Costumes : Nefeli Myrtidi, Anne Vereecke
Technique lumière : Tim Oelbrandt
Soutenu par : CircusNext
Production //coproduction : NOT STANDING asbl, Humorologie, Marke, CircusNext, Les Subsistances
Avec l’aide : de la Communauté flamande, la Province de Flandre occidentale, CircusNext.
Les Subsistances Site des subsistances : http://www.les-subs.com/ Site de la compagnie : http://alexandervantournhout.be/fr/

Du 1er au 3 avril 2016
Durée : 1 h 15

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