Cœur Tambour de Scholastique Mukasonga

(crédit photo: Gallimard)

Un malheur n’arrive jamais seul

La rwandaise Scholastique Mukasonga, prix Renaudot 2012 pour Notre-Dame du Nil, revient avec un nouveau roman, Cœur Tambour, qui tourne autour du thème de la musique sans pour autant évacuer le génocide de 1994, pivot de son œuvre littéraire et mémorielle.

Un roman à tiroirs où, dans un long avertissement de l’éditeur, un journaliste nous révèle qu’il a reçu dans des circonstances mystérieuses un manuscrit écrit de la main de Kitami, une chanteuse rwandaise célèbre dans le monde entier et disparue depuis un an. Elle y raconte ses années de jeunesse au Rwanda, un récit que nous découvrirons quelques dizaines de pages plus loin. Le journaliste – qui reprendra la parole à la fin du roman – révèle les succès de la chanteuse à New York et présente les membres de son groupe de rastafaris passionnés de tambour: Livingstone le Jamaïcain, Baptiste le Guadeloupéen et James le Rwandais. Durant leurs spectacles atypiques, Kitami entre en transe et livre des chants délirants, inspirés par l’esprit de son tambour, surnommé Ruguani, symbole du pouvoir dans les grands lacs. La légende dit qu’il a autrefois servi à écraser des humains dans des cérémonies sacrificielles.

La chanteuse revient ensuite sur sa jeunesse dans un Rwanda qui n’a pas encore connu le drame du génocide. Elle s’appelle alors Prisca, enfant intelligente, studieuse, mais rêveuse et solitaire. Après sa réussite au lycée, Prisca est empêchée d’accéder à l’université à cause des quotas qui interdisent aux Tutsis de poursuivre loin leurs études, de peur qu’ils ne deviennent une menace pour le pouvoir des Hutus en place. La seule issue pour la jeune prodige reste donc l’exil. L’occasion se présente lors d’une rencontre avec des rastafaris en tournée au Rwanda. Elle quitte alors son pays dans les valises du groupe, devient leur chanteuse attitrée puis une vedette mondialement reconnue.

Scholastique Mukasonga livre un récit rapsodique dont les deux parties qui encerclent l’histoire de la chanteuse sont moins romancées, davantage cantonnées à leur rôle de glose – et, pour tout dire, peinent à captiver… Cependant, son style musical et rythmé épouse bien les méandres de la psychologie de son personnage tenaillé entre plusieurs mondes: celui qui nous est commun et ceux qui sont vaporeux! Kitami est morte écrasée par son tambour, un malheur qui en présage un autre, celui du génocide qui va secouer le pays des Mille Collines: «Le malheur se croit toujours le plus fort mais il ignore qui vient après lui.» On voudrait ne pas y croire.

Rabiaa Marhouch, publié au Courrier de Genève le 13 février 2016.

 

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