À bien y réfléchir…. des 26 000 couverts

(crédit photo: Christophe Raynaud de Lage)

Les 26 000 remettent le couvert.

Les derniers spectateurs entrent et balayent du regard la grande salle éclairée en quête d’une place. Tandis que sur scène, dans un bric-à-brac d’accessoires, de décors, de projecteurs et d’instruments, les comédiens des 26 000 couverts patientent. Dans quelques instants, la désormais célèbre compagnie dijonnaise va nous présenter des bribes de son prochain spectacle de rue. « Sur le plateau du Cratère ? Ben oui pourquoi pas ? Vous avez vu le temps qu’il fait dehors ? »

Avec À bien y réfléchir et puisque vous posez la question, il faudra trouver un titre un peu plus percutant, 26 000 couverts poursuit son chemin dans les coulisses du spectacle vivant. Déjà dans L’Idéal Club (2012), ils nous laissaient entrevoir de brefs instants de répétitions et « d’intenses » moments de réflexions.

Reprenant la légende mexicaine de la Llorana, la troupe imagine une procession funèbre autour d’une marionnette géante – plus grande que celle de Royal de Luxe – avec fumée, cracheurs de feu, échassiers et musique tonitruante, qui mêlerait « mythes urbains grotesques et faits divers macabres, une célébration de l’absurdité risible de la mort ». Mais voilà, la construction de la marionnette géante n’est pas finie, le choix des costumes n’est pas arrêté et dans un théâtre on ne joue pas avec le feu. « Alors,  je vais cracher le feu sans cracher le feu. » nous explique un comédien. C’est là tout le talent de ces artistes qui sans accessoire ou presque font naître l’illusion, le mirage du spectacle.

S’en suivent, des sketchs, un meurtre, un jeu d’ombres chinoises, une prise d’otage, des disputes, une lecture et plusieurs décès. Les péripéties lamentables s’enchaînent comme dans une mauvaise sitcom au point que les comédiens se demandent qui a écrit le texte. La pièce dérive au fil des divagations du collectif qui use outrancièrement des gags faciles, des perruques et des clichés.

Passant au crible de la dérision le processus de création et son incontournable sortie d’atelier, les 26 000 n’oublient pas de se moquer du théâtre, de la rue, des producteurs, du metteur en scène, de l’auteur, des intermittents et de la mort. À bien y réfléchir et puisque vous posez la question, il faudra trouver un titre un peu plus percutant exploite la digression pour rire de l’inutile, de rien, de tout.

Mathilde Marcel

 

Spectacle vu le vendredi 4 mars 2016 au Cratère, Scène nationale d’Alès

Mise en scène : Philippe Nicolle assisté de Sarah Douhaire

Écriture collective sous la direction de Philippe Nicolle avec la participation de Gabor Rassov
Création musicale : Aymeric Descharrières, Erwan Laurent
Construction : Michel MugnierCréation costume : Laurence Rossignol avec Camille Perreau et Sigolène Petey
Création lumière : Hervé Dilé
Technique : Hervé Dilé, Michel Mugnier, Laurence Rossignol
Avec: Kamel Abdessadok, Christophe Arnulf, Aymeric Descharrières, Servane Deschamps, Pierre Dumur,

Prochaines dates :

Du 7 au 8 avril à Vélizy-Villacoublay (78) L’Onde
Du 26 au 27 avril à Quimper (29) Théâtre de Cornouaille Scène Nationale
Du 29 au 30 avril aux Sables d’Olonne (85) Centre des Congrès les Atlantes
Du 10 au 12 mai Mont St Aignan (76) une programmation du CDN de Haute-Normandie à la maison de l’Université en partenariat avec l’Atelier 231
Du 18 au 19 mai à Évry (91) L’Agora Scène Nationale
Samedi 21 mai à La Norville (91) Le Marque-P@ge – salle Pablo Picasso
Du 30 mai au 9 juin à Paris Grande Halle de la Villette – Salle Boris Vian
Du 1er au 2 juillet à Labroquere (31) Les Pronomade(s) en Haute-Garonne

 

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