Hate Radio de Milo Rau

(crédit photo: Daniel Sieffert)

Nous pouvons tout d’abord affirmer de manière évidente que ce spectacle est porteur d’un choix courageux au travers d’une thématique forte, bouleversante, époustouflante : Milo Rau affronte le génocide du Rwanda de 1994, en présentant le cas spécifique de l’émission de la Radio des Milles Collines, radio de propagande gouvernementale incitant la population à l’extermination ethnique au début des années 90.

Le dispositif scénique choisi pour traiter ce tragique événement de l’Histoire est vraiment ingénieux, tout en restant relativement simple. A l’entrée, le public reçoit des écouteurs, par lesquels il pourra entendre les propos des acteurs. Ensuite, on s’assoit dans un dispositif bifrontal où au milieu se tient la scène, dont la structure apparaît comme un cube, qui s’ouvrira par la suite sur un studio de radio enfermé par des vitres en plexiglass.

Le spectacle est temporellement divisé en trois étapes. Au début, le cube est recouvert par des rideaux noirs sur lesquels est projetée une vidéo où apparaissent quatre témoins détaillant leur macabre histoire. Sur le ton cynique et la grossièreté de l’émission de radio, ces témoins rapportent leurs souvenirs ainsi que leur terrible expérience du carnage rwandais. Celle-ci ne manquait pas toutefois d’avoir un grand succès auprès la population par le biais de son scandale et de son répertoire de musique de qualité. Il s’agit d’un premier passage fort pour ses détails sanglants, mais néanmoins un petit peu long.

Au moment même où le spectateur commence à se demander si la représentation ne va pas complètement se passer en vidéo, les rideaux montent et le studio radio apparaît. Ici se passe la partie centrale du spectacle, une journée typique de cette émission, qui alterne sans solution de continuité entre incitations à la boucherie et à la haine raciale, et musiques, blagues racistes, attaques délirantes envers les pays de l’ONU, ou encore des moments ludiques, bien que toujours fortement grinçants. Nous assistons donc à la représentation du discours qui a fondé la légitimité de ces charlatans imbus de présomption. Une réflexion peut aussi naturellement se déployer sur le pouvoir des médias dans l’époque contemporaine, mais là aussi on assiste toutefois à quelques longueurs, ce qui est peut-être voulu pour faire ressentir au spectateur tout l’intenable de ce discours, même au risque de l’ennui. Le choix des musiques très approprié dans cette touche grotesque, surtout avec le conclusif Slow, permet de fournir un rythme différent à la lourdeur du discours loufoque de l’émission.

Le spectacle se termine enfin sur une boucle, où les rideaux tombent une deuxième fois : on a d’autres témoignages sur la fin du massacre et ce qui s’ensuit pour les chroniqueurs de la radio. Nous avons donc de nouveau une parole très réaliste et dure, avec cependant le risque de sombrer dans la rhétorique.

Si le montage dramaturgique du texte pouvait être ménagé avec quelques astuces supplémentaires et surtout quelques longueurs en moins, on remarquera et soulignera toutefois l’incroyable bravoure des acteurs, dont le jeu trouve un équilibre magnifique entre l’incarnation physique de ces monstres et ce style radiophonique interne à l’argument-même de la pièce.

Fabio Raffo

Texte et mise en scène: Milo Rau
Dramaturgie et production : Jens Dietrich
Scénographie et Costumes : Anton Lukas
Vidéo: Marcel Bächtiger
Son: Jens Baudisch
Avec Afazali Dewaele, Sébastien Foucault, Estelle Marion, Nancy Nkusi, Diogène Ntarindwa, Bwanga Pilipili

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