Caspar Western Friedrich de Philippe Quesne

(crédit photo: Martin Argyroglo)

Dans sa dernière création, Philippe Quesne s’engage dans le défi de trouver un équilibre entre deux univers suggestifs, les peintures de l’artiste romantique Caspar David Friedrich et l’épopée du western. L’équilibre semble toutefois un peu précaire, car mon sentiment personnel était que le goût du western prenait le dessus, certainement en partie parce que les références au peintre passaient aussi par le texte en allemand, qui était moins accessible pour des raisons techniques de surtitrage peu lisible.

Mais ce n’est pas la seule raison de ce sentiment. Certes, « l’action » – si on peut parler d’action pour un spectacle de Quesne – se passe dans un atelier de peintre, ou dans un musée en construction intitulé justement « Caspar Western Friedrich » ; et avec ces trois mots, Quesne joue comme il est susceptible de le faire habituellement, soit en les déroulant en plusieurs styles d’écritures, pour que le choix scénographique se fasse là en temps réel par les acteurs, dans un procédé qui déclenche du comique dans son geste auto-parodique. Certes, on a une utilisation continuelle de la machine à fumée, ce qui non seulement renvoie aux spectacles précédents de Quesne – Big Bang, Swamp Club – mais surtout aux atmosphères brumeuses des peintures de l’artiste romantique allemand. L’effet apparaît d’ailleurs vite répétitif pour son renvoi aussi explicite, mais il n’est pas sans être certaines fois suggestif, surtout au moment où la fumée change plusieurs fois de couleurs : il s’agit là d’un passage émouvant d’un point de vue esthétique, sans pour autant effacer la sensation d’un goût un peu kitsch. Et d’ailleurs la référence au kitsch est là aussi un des éléments qui se retrouve dans l’esthétique quesnienne : parmi ses références bibliographiques par rapport à son parcours artistique général, on retrouve Celeste Olalquiaga, Royaume de l’artifice. L’émergence du kitsch au XIX° siècle, New York, Pantheon Books, 1998. Par rapport au spectacle, l’élément du kitsch revient surtout au moment où un des acteurs reçoit comme cadeau un t-shirt avec une peinture célèbre de Friedrich, la plus immédiatement connue peut-être : je veux dire Le voyageur contemplant une mer de nuages.

Nous avons donc l’impression que les références au premiers univers, celui du peintre allemand, finissent, volontairement ou non, noyées par ce goût kitsch, tandis que le monde western, souligné aussi dans une esthétique kitsch, se concilie plus justement avec celle-ci et fournit une structure plus solide au groupe des acteurs par le biais des chansons auprès du feu, parmi lesquelles par exemple My rifle, my pony and me.

Pourtant des choix scéniques « dramaturgiquement » plus justes et intellectuellement enrichissants éloignent le spectateur de ce possible doute : je me réfère surtout au jeu avec la toile déjà citée de, où les acteurs tout à tour se substituent à l’homme regardant la mer. Ainsi se tisse un vrai lien entre l’attitude contemplative qu’on retrouve dans l’art de Friedrich et celle qu’on peut avoir face aux œuvres de Quesne : par le biais de cette invitation à « regarder le tableau à travers l’individu de dos, que se crée un lien de nature très théâtral ».

Fabio Raffo, vu à au Théâtre Nanterre Amandiers, le 17/02/2016

Mise en scène: Philippe Quesne
Son: Robert Goeing, Rinse De Jong
Lumière: Pit Schultheiss, Philippe Quesne
Avec: Peter Brombacher, Johan Leysen, Stephan Merki, Julia Riedler, Franz Rogowski

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