Macbeth de Justin Kurzel

(crédit photo: Studio Canal)

Deuxième long métrage du cinéaste australien Justin Kurzel (le premier était Les Crimes de Snowtown, 2011), cette nouvelle adaptation de Macbeth a été froidement accueillie par la presse à Cannes et lors de sa sortie nationale. Il faut dire qu’il a de prestigieux devanciers dans les personnes d’Orson Welles, Akira Kurosawa et Roman Polanski, qui ont chacun donnés leurs visions personnelles de la tragédie shakespearienne. Fresque sanglante, à mi-chemin entre l’horreur gothique et le moyen-âge préraphaélite pour le film de Polanski dans lequel s’invite également le sens du grotesque propre au réalisateur du Bal des Vampires. Épure hiératique traversée de référence au théâtre No et transposée dans le Japon médiéval pour Kurosawa. Âpre, outrageusement théâtrale et expressionniste dans la vision très métaphysique de Welles qui fait de Macbeth un champion du libre arbitre en lutte contre les dieux païens et le Dieu chrétien. Pour Kurzel la comparaison avec de tels prédécesseurs est inévitable et il faut bien reconnaître que sa vision n’a ni leur puissance ni leur originalité, pour autant le film n’est sûrement pas insignifiant

Esthétiquement si le film emprunte peu aux précédentes adaptations de la pièce, ou même aux adaptations de Shakespeare en général (on y retrouvera difficilement des échos a Kenneth Brannagh ou à Lawrence Olivier), il ne vient pas de nulle part. Les choix de Justin Kurzel doivent beaucoup au Valhalla Rising de Nicolas Winding Refn. De ce film lui aussi tourné en Ecosse, Kurzel reprend les mêmes paysages battus par les vents et dévorés par la brume et une photographie tiraillée entre grisaille et rougeoiement. On y retrouve, esthétisés à coup de ralenti, les mêmes affrontements violents: décapitations et tranchages de gorges plein cadre où le sang coule à flot. Beaucoup d’effets en somme au service d’une recherche permanente du spectaculaire pour faire à tout prix cinéma en faisant oublier l’origine théâtrale du film. Assurément c’est impressionnant et certaines images s’impriment durablement dans notre esprit mais cette quête de l’effet et du spectaculaire est par trop extérieure et clinquante pour rendre totalement justice à cette pièce. Le sujet de Macbeth ce n’est après tout que l’exploration d’une conscience aux prises avec le crime et la mort, une dimension introspective que la mise en scène de Kurzel peine parfois à rendre.

Privilégiant le spectaculaire à l’introspection, Kurzel se concentre sur l’image aux détriments du verbe. Polanski et Welles avaient aussi offert des versions très visuelles de la pièce shakespearienne mais sans nier la dimension forcément littéraire du texte et l’exigence de poésie qu’elle implique. Kurzel obnubilé par sa volonté de faire cinéma en oublie cette exigence poétique et le vers shakespearien pourtant si puissant et évocateur en pâtit lourdement. À l’exception notable de David Thewlis (qui interprète le roi Duncan), tous les acteurs masculins adoptent la même voix voilée à mi-chemin entre le rugissement et le chuchotement qui semble à elle seule devoir caractériser le guerrier médiéval, ténébreux, brutal et torturé. Fassbender plombe ainsi toute la première partie de son rôle débitant ses répliques sur un ton prosaïque et sans relief qui tue toute la poésie et toute l’expressivité du vers. Il faut attendre son couronnement et sa plongée dans le crime pour que le charisme de l’acteur s’impose enfin, la voix se fait alors plus claire, le ton plus affirmé et la diction donne enfin un véritable relief au texte. Si c’est sur la durée que Fassbender finit par forcer l’admiration, Marion Cotillard s’impose d’emblée. La sobriété de son jeu, expressif mais sans excès fait merveille dans ce rôle de manipulatrice cruelle et inflexible, peu à peu transformée en pauvre folle égarée et rongée par le remord.

C’est à travers la relation du couple que Kurzel se montre le plus convaincant. Avec beaucoup d’intelligence il montre le renversement des rôles qui s’opère au cours de la pièce. Lady Macbeth si impressionnante de force devient folle sous le poids de ses crimes, Macbeth si faible au départ s’épanouit dans la tyrannie. C’est que la première veut préserver une image de reine vertueuse, tandis que Macbeth conjure ses remords en s’enfonçant toujours un peu plus dans le mal, il assume et semble revendiquer ses crimes. Lady Macbeth est victime de son hypocrisie et son esprit tiraillé entre sa culpabilité et son aspiration vers la pureté ne peut supporter cette contradiction. C’est dans une église abandonnée, assise dos à la croix, dans une pose qui rappelle la Pieta et vêtue de bleu, couleur de la Vierge, que Lady Macbeth récite son célèbre monologue. Cette exploitation de l’iconographie chrétienne inattendue en association avec un tel personnage dit bien toute son aspiration à une impossible rédemption, d’autant plus que les mots sont dits sur un ton égal, très doux, presque recueillis comme une prière. C’est dans ces moments où Kurzel laisse de côté ses maniérismes les plus outranciers que se révèle dans son film une vision réellement personnelle et originale qui suffit à justifier toute l’attention que l’on peut lui porter.

Hadrien Fontanaud

Réalisation: Justin Kurzel
Son: Stuart Wilson
Montage: Chris Dickens
Décors: Fiona Crombie
Avec: Marion Cotillard (Lady Macbeth), Michael Fassbender (Macbeth), David Thewlis (Duncan)

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