Giulio Cesare : pezzi staccati de Romeo Castellucci

(crédit photo : Piero Tauro)

Après presque vingt ans de sa première historique (1997), Romeo Castellucci reprend en scène son Giulio Cesare, avec un sous-titre en plus plutôt signifiant : «morceaux découpés » (« pezzi staccati »). Il s’agit d’un sous-titre qui souligne et synthétise d’une façon presque trop illustrative la poétique castelluccienne. Vue l’impossibilité de transmettre et de communiquer la grande pièce shakespearienne, selon l’artiste italien, ce qui reste sur scène ce n’est plus qu’un théâtre mis en morceaux, mis en pièces. Non seulement on ne peut plus écouter le texte si ce n’est par le biais du monologue inévitablement fragmentaire et plutôt bouleversant de Marc Antoine joué par un laryngectomisé, mais même le spectacle originaire de Castellucci ne peut plus être vu entièrement : une des scènes qui marque cruellement son absence est celle du bélier gigantesque qui « trouait » le quatrième mur, vrai coup de théâtre de la version de 1997. D’ailleurs, Castellucci en personne l’affirme, nous avons le sentiment que dans cette version l’artiste a privilégié la partie plus logique, plus philosophique de sa création, qui, du coup, trouve moins de compensations artistiques à cette partie trop rigoureuse. Les très belles inventions esthétisantes de Castellucci sont trop rares ici : on peut citer la transformation de la tunique rouge de César en sac de cadavre et son corps trainé parmi le public, ou aussi l’explosion finale des ampoules, posées sur une étrange structure métallique. L’impossibilité de communication théorisée par le metteur en scène arrive donc dans cette version à un degré tel que le sentiment perçu, par le spectateur, est celui de l’exclusion. En ce sens, le lieu choisi par la représentation ne vient pas en aide : d’un point de vue logique, intellectuel et culturel, il est idéal, vu qu’il s’agit d’un monument exemplaire de l’ars romain (le mot « ARS » est dans le spectacle même, comme synthèse de l’ars retorica latin). Nous nous trouvons effectivement dans le temple octogonal des thermes de Dioclétien, comme nous aurons occasion de savoir par le guide après la fin du spectacle. Un édifice de ce genre ne peut pas ne pas représenter un lieu idéal comme symbole de ce qu’est l’impossibilité de communiquer cette culture ancienne, dont on n’a que les restes. Toutefois, d’un point de vue pratique tout le travail minutieux sur le son, surtout dans l’accord de celui-ci avec la très délicate performance gestuelle de la figure de Jules César, se retrouvait cruellement sacrifié, à cause du bruit de la circulation que le lieu n’isolait absolument pas. D’autres moments du spectacle même résonnaient en outre trop franchement évidents et illustratifs, comme par exemples le moment où Cesar se posait un faux téton sur la poitrine et ses assassins buvaient le « nectar » de son art rhétorique. Pour conclure, nous avons donc l’impression qu’avec cette opération de découpage, Castellucci a laissé cette fois un morceau trop petit de théâtre pour l’appétit de son public.

Fabio Raffo, Vu à l’Aula ottagonale, Terme di Diocleziano, dans le cadre du Festival Roma Europa, le 30/10/2015.

(Nous remercions l’organisation du Festival Roma Europa pour l’autorisation à reproduire les photos, ndlr.)

Mise en scène : Romeo Castellucci
Avec
Giulio Cesare : Gianni Piazzi
Marcantonio : Dalmazio Masini
…vskij: Simone Toni
Assistant à la mise en scène: Silvano Voltolina
Organisation technique : Gionni Gardini
Production : Societas Raffaello Sanzio

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