Suburra de Stefano Sollima

(crédit photo : Emanuela Scarpa)

Roma kaput mundi

Commençons par la fin du film, où le réalisateur Stefano Sollima rend hommage à son père Sergio (mort le premier juillet 2015). Cette dédicace en révèle déjà beaucoup sur le long-métrage : dernier hommage d’un fils à son père et remerciement à celui qui lui a transmis la passion pour le cinéma, en particulier pour le cinéma de genre. Suburra est effectivement un film de genre, un policier de grande qualité comme on en n’avait pas vu depuis longtemps dans le cinéma italien. Peut-être depuis les films de Sergio Sollima (La cité de la violence, La poursuite implacable, etc.).

Suburra n’est donc pas un long-métrage sur le récent scandale de l’infiltration mafieuse dans la mairie de la capitale italienne, comme on a fait croire au grand public pour mieux vendre le film. Son essence est profondément cinématographique, c’est un thriller politique, plein de tension, avec une attention pour l’image (Paolo Carnera) qui est un des points de force majeurs de ce produit. C’est un gangster movie, et, malgré qu’il soit poussé dans certaines scènes de violence, ou précisément pour cette raison, il a un côté spectaculaire et populaire, fascinant.

Bien sûr on retrouve toute l’atmosphère de Rome dans Suburra : le Vatican, les palais du pouvoir corrompu, la criminalité organisée ainsi que la nouvelle violente mafia tzigane. Nous retrouvons aussi les grandes fêtes encore plus décadentes de celles de La grande bellezza ou Gatsby le magnifique, pleines de sexe et de drogue.

Naturellement Suburra est profondément lié à la réalité : l’histoire se passe exactement dans les sept jours précédents au 12 novembre 2011 (nommée l’Apocalypse dans le film), la date de la démission de Silvio Berlusconi du poste de premier ministre. Clairement, « Samouraï », le personnage joué par Claudio Amendola s’inspire de Massimo Carminati, membre de la Banda della Magliana, arrêté en décembre 2014. Tous ces liens existent, mais il est clair que Suburra est avant tout une fiction. C’est un récit sur la ville et sur le pouvoir, et même si on retrouve des liens avec les faits d’actualité, le film a des éléments allégoriques et symboliques qui peuvent lui fournir une actualité même dans vingt ans : c’est un récit éternel (tout comme Rome).

Stefano Sollima est une figure montante du cinéma italien. Il se distingue avec des scènes mémorables (l’orgie du politicien avec les deux prostituées, la fusillade dans le supermarché) et l’utilisation d’un clair-obscur très prononcés. La pluie ininterrompue pose une atmosphère apocalyptique. Enfin Sollima dirige avec talent un pléiade de stars italienne empêchant que l’une d’elles ne monopolisent l’espace et l’attention.

Suburra est donc un très bon produit, et peut-être ceci est son seul défaut, de ne pas aspirer à dépasser les limites du genre. Ce qui est probablement voulu par Sollima, qui a juste l’ambition d’être « populaire », tel une bonne série de télé (il est en train de tourner la suite de la série Gomorra). Mais, pour le cinéma italien d’aujourd’hui, ceci est déjà un très grand mérite. Ave Sollima.

Tommaso Tronconi (traduit par Fabio Raffo) source originale le blog italien de critique audiovisuelle « Onesto e spietato » : http://www.onestoespietato.com/suburra-roma-sollima-recensione/

(Tommaso Tronconi, 1988 : florentin doc, a effectué l’ensemble de son parcours universitaire à Florence notamment un master en Histoire du Cinéma et s’est spécialisé dans la critique cinématographique et la création de blog, ndlr.)

Réalisation: Stefano Sollima
Production: Cattleya, Rai Cinema, La Chauve Souris, Cofinova 11, Cinemage 9
Scénographie Paki Meduri
Musique du film : M83
Acteurs principaux : Pierfrancesco Favino, Claudio Amendola, Alessandro Borghi, Elio Germano, Greta Scarano, Giulia Elettra Gorietti

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