À mains levées, de Nathalie Garraud/ Du Zieu

(crédit photo: Jean Louis Fernandez)

À mains levées constitue le deuxième volet d’une trilogie de spectacles intitulée La beauté du geste, dont nous n’avons pas eu l’occasion de voir la première partie, L’instant décisif. Pour autant, le récit est non seulement fort, mais compréhensible ; il est possible d’y assister sans avoir vu le premier spectacle. Nous espérons d’ailleurs voir le troisième opus.

À mains levées nous plonge dans l’écriture des gestes et des tics d’une compagnie de CRS. Nous assistons à certains épisodes inspirés de la vie quotidienne des policiers, comme les entraînements, mais leur aspect aliénant est fortement caractérisé jusqu’à assumer par moments un caractère grotesque.

La violence de la vie d’un CRS est l’aspect marquant de cette pièce, du titre jusqu’au choix de réaliser une intimité inconfortable et dérangeante entre le public et le quintet d’acteurs. Les spectateurs, installés sur scène, se trouvent alors frontalement impuissants face à la violence du geste et du verbe dont pourtant ils peuvent retenir toute la beauté esthétique. Le travail des acteurs sur la nervosité de l’expression corporelle et faciale est vraiment admirable. Le texte est finement travaillé, il a un caractère poétique tout en donnant l’impression de piocher dans les expressions langagières des CRS. La mise en scène est simple et épurée : peu d’éléments distraient le spectateur qui ne peut qu’assister aux démonstrations de force, symboles de la contradiction même de ces « forces de l’ordre ». Au début, nous assistons effectivement à une chorégraphie de coups ordonnés dans le cadre d’entraînements qui dégage une certaine beauté. Au fur et à mesure cette belle esthétique, engendrée par l’ordre de la violence, cède inévitablement le terrain face à deux concepts qui deviennent antithétiques : ordre et paix.

Si nous avons vraiment apprécié le travail sur le texte, le jeu et la mise en scène, nous avons trouvé par contre le rythme un peu faible. La structure narrative à épisodes, signalée par l’alarme sonore et par l’échange des numéros sur les écrans vidéo, fonctionne bien surtout au début, ensuite l’énergie du texte se perd à force de répétitions. La structure renforce ainsi la sensation d’aliénation restituée par l’itération verbale, visuelle et sonore, mais au prix de l’énergie. Un message fortement pacifiste ressort toutefois du final, ce qui compense cette dispersion d’énergie et qui redonne une ample puissance à toute la structure. Ce message de refus du statut de CRS va d’ailleurs conduire au volet conclusif de la trilogie de spectacles où il sera question d’un procès à l’intention de la mise en scène et des acteurs. À suivre.

Fabio Raffo et Axelle Castille, vu le 07/11/2017 au Théâtre la Vignette

Conception Nathalie Garraud et Olivier Saccomano
Mise en scène Nathalie Garraud
Écriture Olivier Saccomano
Scénographie Jeff Garraud
Costumes Sarah Leterrier
Image Camille Lorin
Lumières et régie générale Sarah Marcotte
Son Arthur Travert
Avec Mitsou DoudeauCédric MichelFlorian OnneinConchita PazCharly Totterwitz

 

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