Gauguin – voyage de Tahiti, d’Edmond Deluc

(crédit photo: Studio Canal)

« Tu veux Tehura ? Oui. Tehura, tu le veux ? Oui. Tu es bon ? Oui. Si Tehura n’est pas heureuse avec toi dans un cycle de lune, elle te quittera. »

Le film d’Edmond Deluc raconte une histoire d’amour entre le peintre Paul Gauguin (Vincent Cassel) et la femme tahitienne Tehura (Tuheï Adams). Mais plus qu’une histoire d’amour et qu’un film biographique, il s’agit d’un récit de rencontre de deux mondes, civilisé et primitif, colonisateur et colonisé, ancien et nouveau, raconté par deux visages.

Le visage ridé de Gauguin partage le même cadre avec le visage lisse de Tehura. Les yeux qui regardent à travers les rides et les yeux grands ouverts sur le monde. Le dialogue entre les deux commence par quelques mots dans la langue primitive de maioré, d’échange de gestes, de croquis dans l’album de Gauguin fait par Tehura. Autour d’eux la nature sauvage de Tahiti. Un éclat de couleurs : jaune, bleu, vert.

Le sujet se poursuit, Tehura apprend quelques mots en français. Dans le faré (une maison tahitienne traditionnelle) Gauguin dessine sans cesse le corps de sa « femme », sculptant les positions parfaites de jambes, de mains, de tête. Il conquiert le Paradis. Leurs mondes commencent à se séparer : Tehura est un esprit sauvage de Tahiti, elle cherche la réunion avec la nature, malade elle demande de rendre chez elle, mais son « époux » ne l’écoute pas.

La tragédie de Gauguin est double : il n’a pas d’argent pour de nouvelles couleurs et il perd de jour après jour sa muse. Deluc représente ce moment de crise par le tube de couleur jaune, celui de la nature tahitienne sauvage, presque vide. Gauguin utilise les dernières gouttes pour sa peinture. La source de sa création, le tube de couleur, Tahiti ou Tehura, est épuisée, vide.

En 1891 Paul Gauguin quitte l’Europe pour aller au Paradis perdu, Tahiti. Il est pauvre. Il a 43 ans. Il poursuit sa recherche de l’authenticité commencée en Bretagne. Pourtant, il y trouve une culture traditionnelle dévorée par le colonialisme. Gauguin décide de s’installer à Mataie, un petit village au fin fond de l’île, qui garde encore une certaine innocence primitive. Là il amène Tehura (Teha’amana), une jeune fille de 13-14 ans. Frappé par son corps il la peint au quotidien (avec les autres femmes tahitiennes), utilisant une palette de couleurs radieuses, rouge, jaune, verte, bleue.

Gauguin, voyage à Tahiti, donnant vie aux peintures de Gauguin, nous invite à entrer dans une grande peinture dessinée par son réalisateur Edouard Deluc. Les couleurs, comme chez Gauguin, sont symboliques. L’histoire aussi. Le film ne critique pas le colonialisme violent de l’homme blanc. Il démontre la tragédie d’un colonialisme presque inconscient, quand le rêve de Gauguin de « vivre en sauvage parmi les sauvages » se transforme vite en confortation entre la sauvagerie imaginée et la sauvagerie réelle.

Par cette interprétation originale de la période tahitienne de la vie du peintre, le film raconte le destin d’un créateur qui, cherchant le Paradis, ne peut que le conquérir, détruisant alors l’original en aspirant à le capturer sur sa toile.

Yanna Kor

Réalisation : Edouard Deluc
Scénario :  Edouard Deluc, Thomas Lilti et Etienne Comar avec l’aide de Sarah Kaminsky
Photographie : Pierre Cotterreau
Avec : Vincent Cassel, Ian McCamy, Pernille Bergendorff, Tuheï Adams, Malik Zidi, Marc Barbé, Samuel Jouy.

 

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