Novo-la nuit, de Paulo Duarte et La vie des formes, de Renaud Herbin et Célia Houdart

(crédits photo: Benoit Schupp)

Les passionnés de la marionnette ont pu profiter hier d’un aperçu de cet univers artistique assez vaste : deux spectacles qui proposaient des sensibilités très différentes et qui pourtant semblaient tracer un fil commun au-delà de la simple présence de marionnettes. Pour ma part, j’ai pu apprécier le travail très minutieux autour de l’accompagnement sonore, qui relève dans les deux cas de la musique électronique. Pour ce qui est de La vie des formes, le texte semblait faire aussi partie du panorama sonore. Dans les deux cas la marionnette semble être plutôt utilisée comme un objet inanimé que comme réelle partenaire du marionnettiste, même si quelques rares échanges entre créature et créateurs s’établissaient. Dans Novo la nuit la marionnette suit le destin de son créateur, en observant à son tour la ville endormie. Par ailleurs les yeux de la marionnette deviennent à un moment de véritables phares, ce qui personnellement m’a fait penser à la fin du long-métrage Midnight special de Jeff Nichols. Dans La vie des formes la marionnette semble presque réagir brusquement en rapport avec le texte prononcé par la comédienne, Célia Houdart, quand elle parle de la destruction d’une marionnette par son créateur. Dans Novo la nuit on se retrouve face à une architecture élaborée de l’espace, avec la présence d’une véritable ville en miniature. Ainsi le marionnettiste, et puis sa création semblent dominer l’espace de la ville comme des dieux passifs, simples observateurs de la vie nocturne des habitants. Le rapport du marionnettiste avec la marionnette dans La vie des formes semble plutôt évoquer celui d’un anatomiste : à côté de la marionnette allongée par terre on peut voir des instruments menaçants (bâtons, barres de fer, de différentes tailles) souvent utilisés sur et autour de la marionnette par le performeur.

Si j’ai pu apprécier le travail réalisé avec le son, ainsi que plus en général la sensibilité artistique et la découverte d’un univers autre, il faut aussi ajouter la difficulté de rentrer dans cet univers. Pour Novo la nuit plusieurs barrières étaient présentes, soit la difficulté de vision et la dramaturgie qui semblait présenter quelques faiblesses. Le travail s’appuie sur l’élaboration de l’espace, du son, et d’une sensibilité qui semble miser, un peu trop à mon goût, sur une qualité panoramique du spectacle au détriment d’une évolution plus narrative. Dans La vie des formes, le travail s’appuie peut-être trop sur le texte, très joliment déclamé mais finalement un peu trop intellectuel : j’ai trouvé redondantes les références aux personnages célèbres de la culture française. Au contraire, les mouvements du marionnettiste, malheureusement pas assez présents sur scène, ont suscité vivement mon intérêt. Son rapport avec la marionnette propose une dramaturgie du corps très curieuse et fascinante, presque comme si dans ce cas on s’identifiait plutôt à ce corps inanimé, analysé sans réserves, titillé pour ne pas dire tourmenté, et non dans l’interprète Renaud Herbin, pourtant totalement visible sur scène.

Fabio Raffo, vus au Théâtre la Vignette, le 3 octobre 2017

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