Séries 2017 en vrac

(crédit montage photos: Jennifer Ratet)

Dans cet article, comme l’indique son titre, je voudrais tenter de restituer une impression et une vision critique de séries, produites en 2017, que j’ai vues.

Il s’agit pour la plupart de poursuite de séries, ou de nouvelles séries, mais rattachées à d’autres séries : dans ce dernier cas je me réfère notamment à Iron Fist, qui fait partie du groupe de séries dédiées à l’univers Marvel et produites par Netflix. Pour ce qui est de cette série, je me joins aux critiques qui ont trouvé cette production assez décevante, pour plusieurs raisons.

Il y a déjà un choix de casting qui n’est pas assez réfléchi : effectivement Finn Jones, l’acteur qui joue le rôle d’Iron Fist semble avoir été choisi plus pour sa beauté que pour sa bravoure. Déjà dans Games of Thrones, il jouait le rôle de Loras Tyrell pour représenter le beau et brave chevalier, en réalité homosexuel. Si cet acteur peut se débrouiller dans un rôle mineur, il ne peut par contre soutenir le poids du premiers role : il n’a ni l’épaisseur, ni le charisme, ni la capacité de convaincre le public.  Il faut dire qu’il n’est pas aidé par le personnage qu’il joue : tandis que les autres héros de Marvel sont plus ou moins issus de milieux pauvres et représentent des catégories assez discriminées (un aveugle pour Daredevil, une femme pour Jessica Jones, un noir pour Luke Cage), Danny Rand est l’héritier d’une grande multinationale. Oui, il a perdu sa famille dans un accident d’avion, mais cette situation ne semble pas assez suffisante pour faire appel à l’empathie du spectateur. Jessica Henwick (Colleen Wing, la copine de Danny Rand dans l’histoire) non plus n’est pas très convaincante, et à bien y réfléchir c’est surtout la famille Meachum, les méchants, qui sauvent un peu le jeu de la série. L’histoire non plus n’aide pas cette série, car elle va dans mille directions, toutes hésitantes, et on se demande presque pour quelle raison ils ont produit cette série si ce n’est pour des raisons de production en lien avec l’idée de faire quatre séries, de quatre héros Marvel, qui se croisent dans The Defenders. C’est peut-être d’ailleurs pour ça que c’est la seule série, des quatre, dont le futur n’est pas assuré, et il est probable qu’elle ne verra pas de suite.

Designated Survivor, il est certain, va au contraire voir une suite, mais on pourrait se demander pourquoi. Cette série, la seule parmi celles que je vais traiter, est complètement originale (c’est-à-dire qu’il s’agit d’une nouvelle série, pas la poursuite d’une vieille déjà en production), et avait pourtant une intrigue assez intéressante à son départ. Apparemment, le gouvernement américain aurait mis en place, depuis la guerre froide, un dispositif désignant en cas de grave catastrophe un nouveau président des États-Unis, un “designated survivor”.

C’est bien le cas dans cette série, où un attentat terroriste détruit le Capitole et tue tous les représentants du gouvernement. Ainsi, Tom Kirkman, le secrétaire pour la planification urbaine, complètement impréparé en politique, est contraint de devenir président des Etats-Unis, et doit faire face à une situation extrêmement fragile et dangereuse. L’histoire semble intéressante et le jeu des acteurs, surtout celui de Kiefer Sutherland en tant que néo-président américain, est plutôt convaincant, mais la production ne tient pas la longueur d’une série d’une bonne vingtaine d’épisodes. Elle se noie dans une telle combinaison d’erreurs de scénario, de rhétorique patriotique insupportable, de coups de théâtre de plus en plus invraisemblables, que c’est presque un miracle que cette série arrive à trouver une fin plus ou moins décente pour sa première saison. Presque involontairement cette production, qui continue tandis que dans la réalité Donald Trump devient président américain, semble assumer la profondeur d’un message de résistance au trumpisme, mais elle n’arrive jamais à toucher ce niveau. Elle ressemble plutôt la parodie involontaire de House of Cards, à laquelle elle semble vouloir répondre en proposant une autre vision du pouvoir, plus humaine, mais qui au final frôle le ridicule.

Passons donc à House of cards, dont la cinquième saison vient de sortir, et qui continue malgré un long parcours à maintenir une bonne qualité de scénario, un très bon couple d’acteurs (Kevin Spacey – Robin Wright) qui trouve encore après quatre saisons une formidable entente, avec peut-être toutefois une sensation de fatigue chez Spacey. Aussi bien l’acteur que son personnage Frank Underwood, commencent à tourner en rond dans la série, mais cela est probablement voulu par les scénaristes qui nous réservent à ce propos un coup de théâtre final pas complètement inattendu. La série tient la route, en se concentrant pendant neuf épisodes sur le duel Underwood-Conway pour la présidence, puis quelque chose se disperse après le résultat des élections, mais le final semble ouvrir d’autres possibilités et d’autres pistes d’approfondissements pour la série qui a comme objectif la description et l’analyse d’un pouvoir « démocratique » incurablement corrompu.

Parmi les séries qui continuent leur parcours, il y a aussi Better call saul, arrivée à sa troisième saison. Cette série, s’appuyant sur le succès de Breaking Bad, propose un prequel centré sur le personnage de l’avocat Saul Goodman, alias Jimmy Mc Gill, en éternel contraste avec son frère ainé Charles. La qualité de cette série est de rendre appétissant l’univers des avocats et des lois, ce qui n’est pas rien, tout en restant, il semble, assez réaliste. Le défaut de cette série, on le voit surtout dans sa troisième saison, c’est de trouver difficilement une propre autonomie par rapport à Breaking Bad. Si dans la première et deuxième saison les scénaristes avaient réussi à mitiger ces défauts avec une histoire qui tenait solidement la route, dans cette suite l’histoire commence à se dissiper, en présentant trois lignes narratives qui ne s’entrecroisent que rarement. Mais le spectateur veut continuer jusqu’à la résolution du coup de théâtre qui avait interrompu la deuxième saison, ce qui arrive au cinquième épisode. Après l’attention pour l’intrigue, plus fragile, tombe pour retrouver un autre coup de théâtre un peu moins inattendu, toujours dans l’épisode final. Mon avis reste en suspens, en attente de la suite.

Fargo, la production des frères Cohen, suite à leur film homonyme, arrive elle aussi à sa troisième saison, mais là encore mon avis reste plutôt mitigé. Par rapport aux deux saisons précédentes, l’histoire se complique trop, avec la tentative ambitieuse de proposer une métaphore de la crise économique actuelle : comme si ce qui était incompréhensible dans la série était le symptôme de la situation contemporaine, difficilement interprétable par l’homme lambda. L’idée des scénaristes est intéressante, mais certaines fois on a un peu l’impression qu’ils n’avaient pas trop envie de bien faire leur travail : ainsi leur ambition demeure finalement noyée par l’enchaînement de faits qui restent inexpliqués. La volonté d’en faire trop est claire aussi dans l’idée de choisir Ewan Mc Gregor pour jouer deux frères, ce qui ne produit finalement qu’une grosse distraction pour le public au lieu de le plonger dans l’histoire. De plus, cette saison semble presque une tentative un peu ratée de refaire la première saison, avec de nouveau un shérif femme, qui doit lutter contre l’idiotie de ses supérieurs et le machisme. Cela devient évident quand on voit réapparaître un personnage de la première saison, ce qui donne finalement une sensation assez fastidieuse d’autonymie. Il faut toutefois signaler la bravoure de David Thewlis, qui se glisse vraiment bien dans l’homme d’affaire-mafieux-dégoûtant au passé mystérieux.

Fabio Raffo

 

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