Dans une coque de noix, d’Ian Mc Ewan

(crédit photo: Catherine Hélie)

Naître ou ne pas naître : tel un nouveau Emile Cioran, Ian Mc Ewan centre son dernier roman autour de cette question, réactualisant la fameuse question d’Hamlet « être ou ne pas être ». En effet Dans une coque de noix est essentiellement une énième réecriture contemporaine de la tragédie shakespearienne, suivant son histoire à quelques détails près. Le protagoniste est un fœtus, qui écoute sa mère et son oncle comploter pour la mort de son père. Bien sûr, il n’est plus question de rois, ni de royaumes. Comme le réalisateur Aki Kaurismaki avec son long-métrage Hamlet goes business, Mc Ewan embourgeoisit les personnages, mais dans son cas on n’assiste pas tant à un pamphlet socio-politique, que plutôt à une nouvelle exploration du drame d’Hamlet du point de « vue » du futur nouveau-né. L’idée est assez originale et l’écriture corrosive de l’écrivain britannique donne nouvelle consistance à l’avide et ridicule oncle Claude, à la féroce et vindictrice mère Trudy, le vrai cerveau du couple dans la sordide affaire. Pourtant à un niveau théâtral, il s’agit d’une piste de réécriture qui n’a pas été négligée, pas exemple dans l’Hamlet de Romeo Castellucci, où nous voyons le protagoniste réduit à un handicappé mental, incapable d’agir et de comprendre. Ici la situation du fœtus est peut-être pire, car il sait que le crime va se dérouler, mais il n’a pratiquement pas de moyens d’intervenir. Au fond Mc Ewan semble proposer une métaphore de son lecteur modèle, représentant d’une petite-moyenne bourgeoisie intellectuelle, absolument incapable de comprendre et d’intervenir sur les difficiles situations socio-politiques du monde actuel, souvent évoquées dans le roman. Ainsi une certaine frustration se crée chez le lecteur : si la trame est connue, si tout a été déjà dit et écrit sur l’impossibilité d’agir d’Hamlet et de nous lecteurs qui vivons dans une coque de noix, quel intérêt à nous le rappeler ? Toutes les illusions du foeutus sont absolument vaines :  il ne peut ni croire à l’amour de sa mère, qui projette de l’abandonner dans un orphelinat, ni au respect de son père, qui imbu de son amour pour les poésies, n’a aucun amour ni intérêt envers le futur bébé. Mc Ewan avance dans sa condamnation impitoyable de tous les personnages de son roman, et de la société qui s’y retrouve représentée : aucune réelle ancre de sauvetage est offerte à son lecteur. Ainsi nous nous trouvons face à un récit lucide et sarcastique, où les rapports entre les personnages sont assez intéressants, mais le défit d’une réécriture contemporaine d’Hamlet et certes difficile et peut-être pas tout à fait remporté, dans son autonomie par rapport au texte de Shakespeare.

Fabio Raffo

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s