Fuocoammare, de Gianfranco Rosi

(crédit photo: Francesco Belia)

Je me suis souvent demandé quelle est la spécificité du genre « documentaire » parmi les produits cinématographiques. Nous savons en effet qu’on ne peut pas affirmer d’une façon catégorique que « le documentaire montre la réalité » : il y a tout un travail minutieux de préparation des matériaux avant, pendant et après le tournage qui contredit cette affirmation. Peut-être le documentaire montre moins son objectif de toucher, d’émouvoir le public, il cache mieux sa fonction cathartique par rapport au reste des genres filmiques. J’avoue que je ne suis pas très bien préparé car je n’ai pas vu beaucoup de documentaires.

Mais c’est cette question que je me suis posé et que je me pose après avoir vu « Fuocammare » de Gianfranco Rosi, documentaire italien nommé aux Oscars pour des raisons avant tout politiques : pourquoi ce film m’a laissé indifférent, pour ne pas dire qu’il m’a même un peu ennuyé ?

Bien sûr, le produit est solide et montre d’excellentes qualités esthétiques : les prises de caméra nocturne et en mer en particulier sont extrêmement bien tournées, surtout celles de la chasse sous l’eau d’un pêcheur de l’île de Lampedusa. Je pense que le spectateur s’attend presque à ce que celui-ci retrouve des restes de cadavres de migrants sous l’eau, mais cette tension de l’attente n’est jamais résolue par le réalisateur. La présentation de la tragédie des migrants est effectuée avec des couleurs très sobres, peut-être trop : nous avons essentiellement le témoignage d’un docteur sur les conditions de santé très précaires des migrants quand ils arrivent et sur la tâche difficile d’identification des cadavres. Il nous montre aussi le sauvetage d’un des bateaux et les migrants en fin de vie.

Le long-métrage de Rosi ne cède jamais à la tentation d’émouvoir le public, mais veut montrer simplement des images de vie quotidienne de Lampedusa : d’un côté la vie des habitants de l’île, par le biais notamment des yeux d’un enfant, de l’autre celle des migrants. Ce sont deux éléments parallèles du film destinés à ne jamais se croiser. Les migrants ne racontent pas beaucoup leurs expériences dramatiques, si ce n’est par le biais de chants presque surréels, mais on les voit arriver sur l’île et jouer au foot. Le film préfère l’image aux mots, et on doit le louer sur ce choix.

Les seuls temps consistants de paroles du long-métrage sont le témoignage du docteur, et la visite de l’enfant chez l’oculiste. Ce dernier est décidément trop long et montre un attachement un peu incompréhensible du réalisateur envers cet enfant : il peut capter le rire ou la sympathie de quelques spectateurs, mais ces moments montrent aussi l’évidente incapacité de l’enfant à jouer. La séquence semble donc être un faux pas un peu gênant pour un produit de cette qualité.

D’un point de vue formel, le documentaire de Rosi montre donc d’excellentes qualités, mais il se révèle à mon avis un peu trop froid et distant du point de vue du contenu. Il me semble en plus qu’il y a un déséquilibre entre la quantité d’images dédiées aux habitants de Lampedusa et surtout à l’enfant (trop), et celles dédiées aux migrants (trop peu). Finalement je rejoins l’avis du réalisateur Paolo Sorrentino : il se peut que le choix politique de sélectionner ce film aux Oscars n’est pas si réfléchi.

Fabio Raffo

 

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