Surfaces d’Adel Abdessemed

(crédit photo: Fabio Raffo)

Cette année au festival d’Avignon (IN), l’Eglise des Célestins accueille entre autres l’exposition d’Adel Abdessemed, artiste internationalement reconnu, plusieurs fois invité à la Biennale de Venise, qui a conçu par ailleurs l’affiche de cette 70° édition du festival. Il s’agit d’une dizaine de bas-reliefs, ceux que l’artiste a créés au cours de sa carrière, qui se retrouvent pour la première fois réunis dans l’Eglise des Célestins, dans une exposition conçue expressément pour ce lieu. Plusieurs visiteurs demandent effectivement où se trouve l’exposition au moment d’arriver et peuvent s’interroger sur l’endroit où ceux-ci sont affichés : en effet, par une scénographie habile, les bas-reliefs s’intègrent naturellement dans ce lieu magnifique. Le choix de ne pas éclairer artificiellement les bas-reliefs, ainsi que de les indiquer avec un titre sur un simple papier chiffonné, s’harmonise avec l’église désaffectée et son sentiment dominant de ruines et d’état d’abandon. Le visiteur doit alors faire l’effort de voir les œuvres ( surtout quand la lumière tombe, vers 18 h) et de les comprendre, car les titres ne sont absolument pas éclairants, mais au contraire jouent avec l’image représentée. Effectivement plusieurs œuvres évoquent ou, grâce au 3D, sont directement une directe émanation de photographies publiques historiques : ainsi par exemple la célèbre image photographique de la révolte de Place Tienanmen en Chine, avec l’homme qui arrête les chars, est intitulée « Shopping ». Avec sarcasme, Abdessemed nous rappelle le détail du sac que l’homme transporte à la main. D’autres moments importants de l’Histoire sont repris, comme la pendaison de Saddam Hussein, la mort de Ceausescu et sa femme, l’effondrement des Tours Jumelles, celles-ci faisant notamment partie d’un diptyque avec une image de La Mecque : et là aussi, l’artiste nous dévoile son regard ironique et en même temps son positionnement face à la violence irrationnelle de l’Histoire et de toute pensée intolérante.

Le visiteur peut aussi comprendre l’effort artistique d’un travail de réflexion et d’adaptation de matériaux peu utilisés, comme le plâtre pour la mort des Ceausescu, du sel noir pour le drame des migrants, du cuivre plaqué or pour L’âge d’or, où l’artiste va vers l’intimité, nous donnant à voir ses quatre filles éternisées dans leur enfance – tentative utopique d’arrêter le temps. Et, à propos du temps, l’artiste nous donne à voir aussi des possibles espaces sans l’homme, Stonehenge et Landscape (un iceberg), donc avant l’humanité, et Curiosity (une sonde lancée dans l’espace), donc le futur ?

Si le parcours de l’exposition peut paraître assez court, laissant peut-être le visiteur sur sa faim, celui-ci peut cependant avoir accès à trois différents types d’image : l’image politique et officielle, retravaillée par l’humour de l’artiste sur le titre et l’effort de réflexion sur le matériel, l’image intime mais en même temps universelle, et l’image d’un espace autre. Plusieurs imaginaires peuvent alors s’ouvrir à la contemplation du spectateur, qui peut d’ailleurs se rassasier dans La nef des images, avec des vidéos de spectacles programmés tous les jours, ou dans la libraire du festival.

Fabio Raffo

Exposition à l’Eglise des Célestins, du 6 au 24 juillet

 

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