The Revenant de Alejandro Iñárritu

(crédit photo: Twentieth Century Fox)

The Revenant restera comme le film qui aura permis à Leonardo Di Caprio de décrocher son premier oscar si longtemps attendu. On peut d’ailleurs regretter que ce soit pour cette performance un rien trop clinquante que l’acteur, un des meilleurs de sa génération, soit finalement récompensé. Nul doute que le rôle a dû demander un travail physique impressionnant, et l’acteur a payé de sa personne; mais l’on peut trouver plus de subtilité et de mérite dans des rôles comme Attrape-moi si tu peux, Les Noces Rebelles, Shutter Island ou même Le Loup de Wall Street. Ici tout respire la « performance » justement, tout est trop démonstratif avec un personnage interprété de façon monolithique par Di Caprio.

Mais ne nous attardons pas inutilement sur l’interprétation et parlons du film. C’est le premier film d’Innaritu que je vois, et je dois bien m’avouer assez circonspect tant les qualités de ce film sont nombreuses mais ne parviennent, hélas, jamais à faire oublier ses défauts. Le cadre est celui du western. Il n’est pas à proprement parlé question de la conquête de l’ouest, mais l’on y retrouve les affrontements des colons européens avec les nations amérindiennes et une nature sauvage. Dans ce cadre westernien se développe un récit de vengeance et, ce qui est plus original pour le genre, de survie. Di Caprio blessé après avoir subi l’attaque d’un grizzli assiste impuissant au meurtre de son fils. Laissé pour mort par l’assassin, il va survivre à ses terribles blessures, traverser et vaincre une nature hostile grâce à la simple force de son désir de revanche.

En tant que récit de vengeance et de survie, comme film d’action, The Revenant est une réussite. C’est même une grande réussite. The Revenant donne à voir une nature chaotique, âpre et sublime; il contient son lot de scènes spectaculaires: attaques de grizzli, traversées de rapides, escalades de montagnes, courses poursuites et chevauchées héroïques. Le récit est épique et la mise en scène impressionnante, d’autant plus qu’elle échappe aux scories d’un certain cinéma d’action au découpage haché et hystérique. Innaritu sait faire durer ses plans et sait quand les couper. Son film, bien que contemplatif, ne manque pas de rythme. Si l’on aime ce genre de cinéma force est de reconnaître qu’on en a plein les yeux, que le périple rude et violent du héros fascine.

Malheureusement pour son film, Innaritu est un artiste, un intellectuel, c’est un auteur, un auteur avec un grand A. Il a de hautes ambitions métaphysiques, et il est avide de nous le faire savoir par tous les moyens et à toutes occasions. The Revenant ne saurait donc se contenter de n’être qu’un film d’action. La sanglante épopée de la vengeance devient donc prétexte à une imagerie mystico-onirique, et Innaritu vient braconner sur les terres d’Andreï Tarkovski ou de Terrence Malick pour ne citer que les modèles les plus évidents. Innaritu les pastiches platement et sans imagination aucune, il les réduits à des tics qu’il érige en système: le soleil brille à travers la cime des arbres comme chez Malick pour suggérer le divin et l’au-delà, Di Caprio aperçoit sa femme défunte en lévitation comme chez Tarkovski, etc, etc.

Ces références n’ont en elles même rien de honteuses, ce qui est problématique c’est l’incapacité d’Innaritu à digérer ses modèles pour les recréer et non pas les reproduire superficiellement. Ces images font l’effet de greffes disparates, jamais intégrées à une vision personnelle. Elles témoignent d’une volonté de s’ouvrir à la poésie, mais l’omniprésence de la note d’intention ne peut que la tuer. C’est d’autant plus regrettable que bien exploité, sans ces banalités démonstratives, ce récit d’obsession vengeresse et d’affrontement surhumain avec une nature marquée par la violence, était en lui-même porteur d’une réflexion existentielle.

Hadrien Fontanaud

Réalisation: Alejandro Gonzales Innaritu

Scénario : Mark L. Smith, Alejandro Gonzales Innaritu partiellement adapté du roman The Revenant de Michael Punke
Photographie : Emmanuel Lubezki
Montage: Stephen Mirrione
Musique: Carsten Nicolai, Ryuchi Sakamoto
Avec: Leonardo Di Caprio, Tom Hardy , Domhnall Gleeson , Will Poulter , Forrest Goodluck

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s