Macbeth de Bob Wilson

(crédit photo : Rocco Casaluci)

Comme dans la plupart des mises en scène de Bob Wilson, qu’il s’agisse théâtre, ou d’opéra lyrique Macbeth, musiques du compositeur Giuseppe Verdi, l’esthétique, la structuration rythmique des lumières et du son se fait remarquer par son élégance froide. Wilson s’inspire là aussi de l’imaginaire oriental exotique pour les costumes et les mouvements des acteurs. Les costumes de couleurs plutôt foncés (assez étrange, d’ailleurs, celui de Lady Macbeth en noir qui, avec son visage maquillé de blanc rappelle Morticia de la Famille Addams ou la méchante sorcière de Blanche Neige), et les gestes, lents et stylisés comme ceux des marionnettes ou de certains théâtres asiatiques, composent cette dimension d’élégance froide qui semble constituer l’essence du théâtre wilsonien, débiteur à son tour du mouvement minimaliste. L’élément oriental, nous disions, est très présent surtout dans les costumes, comme par exemple dans les chœurs : les femmes vêtues telles que le sont des paysannes asiatiques dans notre imaginaire et les hommes comme des gardes, toujours de l’est du monde, avec des katana et des mailles dorées. A ce propos surtout l’entrée du protagoniste, Macbeth, est remarquable, avec un casque à cornes tel un shogun : influencé sûrement par le Château de l’araignée d’Akira Kurosawa, où l’on trouve aussi une relecture de l’histoire shakespearienne. Avec les costumes et la création d’un code physique très précis (sans parler de l’utilisation d’ombres chinoises, ainsi que de vraies marionnettes sur le plateau) Wilson crée donc tout un réseau de références à un monde lointain, ce qui sert à distancier d’autant plus le genre lyrique des spectateurs. Nous pouvons ainsi admirer l’impeccable structuration des gestes et des lumières par rapport à la musique. Quant aux gestes, il est important de souligner la manière dont leur utilisation crée quelquefois des images frappantes: il suffit de penser au moment où l’on entend la voix de la sorcière prédire son sort à Macbeth, et où, sur le plateau, on voit les gestes de Lady Macbeth, telle une sourde muette, interpréter la voix off. En ce qui concerne les lumières, Wilson se sert dans presque toute la mise en scène d’un écran – qui change de couleur selon le passage des différents personnages, ou se remplit d’éléments signifiants – comme un grand objet diagonal qui rappelle le couteau lors de la scène du meurtre du roi Duncan, ou bien où se dessinent les ombres des successeurs de Banquo qui hantent Macbeth dans la deuxième prévision, ou encore les arbres stylisés en blanc et noir de la foret de Birnam: ces arbres qui se teindront à la fin de rouge sang, celui du tyran. Le metteur en scène reprend aussi des éléments caractéristiques de ses autres mises en scène, comme une énorme pendule qui passe à plusieurs moments, représentant la lune, ou son éclipse Il y aurait encore tant d’autres éléments à remarquer, esthétiquement si beaux, comme la tombée de gouttes transparentes, ou de fils rouges, ou encore l’utilisation de sorte d’astrolabes en or qui jouent avec leur reflet sur l’écran. La mise en scène de Wilson encore une fois se distingue par son élégance froide impeccable, mais on peut avoir alors le sentiment que se trouve là le symptôme d’une autoréférentialité excessive. Le spectateur peut formuler une appréciation rationnelle de traits caractéristiques de l’esthétique wilsonienne, mais cette appréciation lui arrivera, il me semble, difficilement au cœur. Compte tenu de cet élément, Macbeth reste une œuvre remarquable, onirique et très juste, en partie également pour les références que le metteur en scène lie à l’opéra de Verdi.

P.S. Je ne m’aventure pas dans l’évaluation technique des chanteurs ou de l’orchestre, vu que je n’ai ni les compétences, ni l’habitude de profiter de l’opéra lyrique. Je dirai simplement que le public les a appréciés par de longs applaudissements, et moi aussi.

Vu à Teatro Comunale di Bologna, le 7/10/15

Fabio Raffo

Conception: Robert Wilson
Avec : Angelo Veccia, Carlo Cigni, Sefanna Kybalova
Costumes: Jacques Reynaud
Création Lumières: Aj Weissbard
Directeur d’orchestre : Roberto Abbado

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